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Conseils de coach

David Chastan

Directeur des Équipes de France masculines de ski alpin

Le 4 février 2016

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David Chastan – “Trouver le bon engagement”

L’engagement est efficace s’il est juste. Il faut donc vouloir être performant mais sans être excessif. Sinon, il y a échec.

Une idée directrice au quotidien

La recherche de l’excellence exige toujours des hommes et des femmes qu’ils donnent de leur personne. Comment imaginer alors le sport de haut niveau échapper à pareil principe ? “Au-delà de la prise de risque sur le terrain, l’athlète doit accepter des concessions dans sa vie de tous les jours, se responsabiliser dans son investissement personnel et respecter les règles du jeu”, annonce d’emblée David Chastan quand on lui évoque, de manière très globale, la notion d’engagement. Un manager privilégié à ce niveau. Contrairement à certains confrères, lui évolue dans le ski, avec des sportifs qui ont appris à se lever tôt pour rejoindre les glaciers, à porter du matériel lourd, à affronter parfois des météos hostiles et ce, dès le plus jeune âge, car le mauvais temps ne se rencontre pas qu’au haut-niveau… David Chastan dit d’ailleurs de ses hommes qu’ils sont “naturellement engagés”. Tous n’ont toutefois pas la même aptitude à se livrer sur les pentes et l’observation de l’entraîneur, notamment lors des longs stages de présaison, devient alors décisive pour mettre en place les exercices idoines : habituer certains tempéraments moins casse-cou à aller vite en leur proposant plus souvent des séances de descente, forcer ceux qui ont du mal à sortir du rythme à s’engager en leur construisant des tracés très tournants, très lents, répéter les sections avec bosses pour les deux-trois qui appréhendent encore ces passages… “En fait, le coach doit fabriquer sa boîte à outils, car chaque athlète a sa clé”, résume le directeur des Équipes de France de ski masculin. “Tout cela, on doit le sentir avec notre œil de technicien, poursuit-il. À partir du moment où l’on connaît bien son skieur, on peut commencer à lui demander le meilleur, l’aider surtout à être meilleur.” Et éviter au passage la blessure. “Oui, on devine aussi plus facilement un garçon fatigué, au bord de la rupture, et on adapte le travail. Le surentraînement peut être dangereux, il faut y être sensible.”

Un impératif à maîtriser en course

Temps joliment ensoleillé ou “jour blanc” avec un brouillard qui vous annule toute visibilité au-delà de la deuxième porte, l’affaire reste la même : une fois tout là-haut, dans le cabanon, vous n’avez plus le choix et devez vous engager. “Notre devoir est de les amener dans la sérénité vers ce moment-là, explique David Chastan. Il y a eu l’entraînement bien sûr, il y a aussi la reconnaissance où là, on a pu leur délivrer des conseils, un message surtout”. Des discours adaptés selon les individus, d’où l’importance encore de maîtriser parfaitement le profil (physique, mental, intellectuel…) de ses hommes. “Autant il y a des garçons qui ont besoin de se faire secouer avant la course, autant il y en a qu’il faut au contraire calmer tellement ils sont “chauds”, capables d’envoyer un saut périlleux quand on fait monter la pression !” Seul mot d’ordre : rester lucide. “L’engagement, détaille le coach, c’est un curseur que l’on monte ou que l’on descend selon les faits de course, selon votre situation à cette période de la saison. Mettre le curseur à 97-98 %, voire à 100 % si vous êtes en pleine confiance, c’est l’idéal. Mais quand on dépasse sa limite, attention, on commence à prendre les mauvaises trajectoires, à faire des fautes et c’est fini.” Le dosage, vous en conviendrez, reste délicat, et d’autant plus fragile si les résultats vous fuient, comme avec Alexis Pinturault en fin d’année 2015. “Être ambitieux, c’est s’assumer et j’aime ça, prévient David Chastan. Mais c’est aussi assumer les échecs pour mieux rebondir. Là, Alexis Pinturault doit se détacher des objectifs qu’il s’était fixé parce que ça le ronge. Au lieu de forcer son talent pour viser la victoire, il doit juste chercher à arriver en bas pour se reconstruire”. Le même jour, Thomas Fanara est parti dans les filets et David Chastan lui a demandé de ne pas revoir à la baisse son engagement, juste de faire davantage appel à son expérience. “À son âge (34 ans), lui doit skier pour gagner !” Folie conseillée alors….

Une qualité stimulée par le staff

C’est bien sûr un engagement d’une autre forme, risqué lui aussi, “mais pour la vie familiale, pas le corps”, précise en souriant notre manager ; un engagement en tout cas qui, lui aussi, fait gagner quelques secondes une fois la ligne d’arrivée : l’investissement du staff. “On ne peut pas être exigeants avec nos athlètes si nous ne le sommes pas avec nous-mêmes !”, insiste ce coach prêt, avec son équipe, à rentrer le mardi de trois semaines de stage aux États-Unis et à se retrouver le mercredi matin à Courchevel pour glacer (sic) une piste pour ses skieurs. “On doit tout donner pour nos athlètes, à commencer par les meilleures conditions de s’exprimer pour qu’ils élèvent leur niveau.” Et si cela ne suffit pas, il y a encore cette présence, voire cette participation du coach pendant la descente du skieur, qui peut aider ce dernier à se lancer encore davantage dans la pente. “Je suis du Sud, avec un caractère assez impulsif et je me mets énormément dans (sic) mes skieurs sur le bord des pistes, concède David Chastan. Peut-être que, parfois, je leur en demande beaucoup… Mais comme ils voient que je m’engage beaucoup aussi, cela se passe bien.”
Ce bien-être, David Chastan y accorde une importance toute particulière. Dans cette vie de groupe aussi dense chez les skieurs français, avec 22 personnes réunies au moins 260 jours dans l’année, dont 180 jours sur les skis et 80 jours de préparation physiqueil le juge tout bonnement essentiel. Ceux qui l’entourent ne sont donc pas choisis au hasard. “Il y a beaucoup de copains dans notre staff parce qu’il faut vraiment une grosse ambiance entre nous : les problèmes personnels n’ont pas leur place quand on vit aussi souvent ensemble.” Et quand on s’engage autant, sans compter, pour performer. À ce sujet, David Chastan est animé d’une forte conviction, elle aussi transposable au monde de l’entreprise sans doute : “la qualité du collectif fera augmenter la valeur individuelle”.

 

Découvrez aussi notre interview de Grégory Guenet.

Étienne Gouy et Jacques Gaillard ont également témoigné pour VotreCoach.

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Biographie

Chef du groupe technique France de ski alpin (2006-2015),
Dirige l'Équipe de France masculine de ski alpin depuis 2015.

Sa devise

“La meilleure défense, c’est l’attaque !”

Son anecdote

"Le jour où j’ai fait appel à la boxe dans mes séances…"

S’il n’a pas développé très longtemps l’expérience – "notre sport est déjà suffisamment à risques pour ne pas chercher à provoquer des blessures en dehors du ski"-, David Chastan ne regrette pas avoir tenté cette originalité : mettre ses skieurs sur un ring pour stimuler leur esprit d’engagement. "En face de toi, il y a un malabar et là, tu es dans l’obligation de répondre, sourit le manager. Parce que si tu ne réagis pas, tu te fais vraiment secouer (sic)." Comme dans une pente hostile ! Gants de boxe aux poings, il y a alors les garçons qui ne se laissent pas faire et ceux qui refusent plus facilement le combat : de précieux indices pour un coach. "Cela aide l’entraîneur, confirme David, à déchiffrer un peu mieux encore le profil de ses athlètes".

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