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Partenaire olympique
Conseils de coach

Florian Bruzzo

Entraîneur de l’Équipe de France féminine de water-polo

Le 29 mai 2017

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Florian Bruzzo – “Water-polo – Retrouver de la solidarité”

“Au water-polo, impossible qu’une individualité élimine 4-5 joueurs adverses et réussisse l’action à un milliard de dollars. Seul, on ne peut jamais exister ! Il est donc nécessaire que chacun réagisse dans l’intérêt général”, explique Florian Bruzzo.

Florian Bruzzo a 29 ans quand, en 2012, la Fédération de natation lui confie les commandes de l’Équipe de France masculine de Water-polo. Une sélection, absente du Groupe A européen depuis plus de dix ans, qui peine à exister, dont les forces vives s’éloignent dangereusement, mais que le jeune retraité des bassins imagine pourtant aux JO de Rio quatre ans plus tard ! Pari relevé, grâce à une cohésion retrouvée… 

1/ Rassembler sur du positif

“En 2012, non seulement l’Équipe de France n’a pas de résultats, mais ses joueurs sont fâchés avec elle. Certains internationaux, d’ailleurs, ne répondent pas à mes premiers mails. L’un d’entre eux – et pas n’importe quel élément ! – profite même de sa double nationalité pour partir évoluer sous la bannière d’un autre pays. Beaucoup, en fait, frustrés, en manque de reconnaissance, ne veulent plus entendre parler de l’équipe nationale. Ils ont cette impression de ne plus rien avoir à gagner avec elle, sur le plan professionnel comme privé, et se replient sur eux-mêmes. Mon travail, et je vais passer beaucoup de temps dans les trains et les avions, consiste dès lors à aller à la rencontre de ces garçons, échanger avec eux, les comprendre. Je me suis intéressé à eux, mais vraiment sincèrement ! Il fallait éviter la faute de diagnostic. Et puis, petit à petit, je leur ai aussi délivré mon message, positif, ambitieux, dans l’espoir que, par capillarités, tous se “reconnectent” et reviennent évoluer ensemble. Bon, au début, seuls 30 % de l’équipe sont là ; puis, à force d’entendre des retours positifs sur la sélection, les gars restés en club finissent par emboîter le pas. Cela m’a pris une année complète avant d’avoir, sur le papier, l’équipe à peu près souhaitée. En parallèle, j’ai essayé d’organiser des choses pour que les joueurs se sentent mieux, plus contents et fiers de l’Équipe de France ; des choses à première vue anodines comme faciliter leur prise de billets d’avions, trouver des hôtels et des endroits de stages agréables… J’ai fait du Team Building aussi. Surtout, dans le travail avec eux, j’ai hyper positivé mon discours, quitte à les faire rire. Je n’avais pas oublié cette remarque d’un joueur, un jour : “Tu sais, quand on voit la liste de la sélection tomber et qu’on n’y est pas, on est énervé. Mais une fois qu’on est en Équipe de France, on a envie de partir au bout de trois jours !” Voilà, j’en ai donc surjoué le côté “tout va bien” pour arrêter le pessimisme, les reproches, la communication négative entre eux… Dans ma bouche, c’était toujours : “Non, ça va marcher, on se bagarre et chacun se concentre sur le comment MOI je fais pour que ça aille mieux !” La clé est souvent là.”

2/ Instaurer des bases saines

“Il y a cinq ans, sur la douzaine de candidats auditionnés pour le poste d’entraîneur national, je suis peut-être l’un des seuls à défendre la thèse d’un changement sur la forme et non sur les hommes. J’entends dire que ce sont “de mauvais garçons”, “des losers”, mais dans le water-polo français, les joueurs de très haut niveau étant des denrées rares, moi, je veux les garder. Vous savez, le niveau intrinsèque d’un athlète, on ne peut pas le changer ; le reste, en revanche… Ma volonté de rupture cible donc le fonctionnement, en fixant une vraie discipline sur le cadre : attitude à l’entraînement, en match, attitude au niveau du sommeil, de l’alimentation, etc. À ce sujet par exemple, et après avoir relâché l’exigence avec le temps, j’impose les repas en commun, à des heures précises, et celui qui arrive en retard ne participe pas à la séance. Je comprends que cela puisse apparaître paradoxal : ils ne sont pas très enthousiastes à l’idée de revenir en Équipe de France et on leur durcit les règles de vie. Mais les gars sont convaincus du projet (voir anecdote ci-contre) ; par conséquent, ils adhèrent ! Pour preuve, ils mettent en place – de leur propre chef – une charte de bonne conduite en équipe nationale, où l’utilisation du téléphone est notamment interdite pendant les repas, les massages… Et cette charte, ils la signent ! En fait, les joueurs ne craignent pas les règles à partir du moment où elles sont honnêtes, égalitaires et qu’elles n’accordent pas de passe-droits. Cela faisait d’ailleurs partie des doléances que j’entendais lors de ma prise de fonction.

Voilà, les joueurs se rejoignent tous dans un cadre ; après, bien sûr, chacun doit accepter la différence de l’autre, être convaincu que ce qui rapproche est plus fort que ce qui divise. Soyons clairs, on ne peut pas demander à des joueurs de s’aimer, mais s’ils se comprennent déjà, on a fait un grand pas. Et puis, au cas où l’un d’entre eux s’oublie un peu, l’entraîneur doit faciliter le lien et être le roc qui, pour le bien du groupe, bat le rappel. Je lâchais souvent cette phrase à celui qui s’égarait : “attention, reste avec nous, reste avec nous…””

3/ Donner du sens à un projet commun

“Lors de notre première réunion collective, et alors que l’équipe n’arrive plus depuis des années à se qualifier pour des Championnats d’Europe, j’annonce vouloir viser les Jeux Olympiques. Par respect, et les gars me l’ont avoué plus tard, personne n’a rigolé, mais ils m’ont pris pour un dingue. Sauf que moi, j’y croyais, j’en étais persuadé. Je savais que tous ces joueurs avaient besoin de faire un truc qu’ils n’imaginaient pas, qui allait les dépasser car c’est justement ce qui allait rendre le projet intéressant à leurs yeux. Un projet qui devait être celui de tout le groupe. Cela ne signifie pas que l’entraîneur s’exonère de ses responsabilités, juste qu’il fait un pas vers ses hommes en leur disant qu’on va construire quelque chose ensemble. “L’Équipe de France, leur ai-je souvent répété, est ce que vous voulez qu’elle soit : si vous voulez dire qu’elle est nulle, elle sera nulle”. Vraiment, il est important que le projet appartienne aux joueurs. Ce sont eux les acteurs et s’ils ne donnent pas du sens à tout cela, le challenge ne peut pas être relevé. D’autant que le water-polo n’est pas un sport business, on n’y gagne pas des mille et des cents, et le paramètre humain compte. Il fallait leur faire comprendre que peu importe le chemin pris par l’un de mes partenaires, que peu importe si lui était stressé, l’autre nonchalant ou celui-là ronchon, on devait partager le même projet. Ainsi, tu vas naturellement mettre de côté les petites choses qui t’agacent parce que ce n’est pas le seul projet du coach, c’est aussi le tien !

D’ailleurs, quand en 2014, convaincus que l’équipe nationale est sur un meilleur cap, certains internationaux reviennent frapper à la porte, je sens que cela peut créer des contrariétés et je préviens tout le monde très clairement : “si on n’est pas capable d’accepter et de comprendre les autres, on va déjà dans le mur”. Le message a été reçu. Alors bien sûr, mon job était de leur dire “on va y arriver !” mais j’avais besoin de résultats, de succès qui viennent renforcer cette idée du “c’est possible”… Comme les gars ne connaissaient pas le vrai haut-niveau international, je les ai alors fait voyager dans les plus grands clubs européens et on a effectué des stages, des oppositions face aux meilleurs joueurs du monde. À partir d’un moment, il y a eu un déclic dans leur esprit : “On arrive à tenir tête aux meilleurs à l’entraînement ; pourquoi on ne serait pas capable de le faire en match ?” Ils venaient de comprendre que je n’étais peut-être pas si fou que cela…”

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Biographie

Florian Bruzzo, entraîneur de l’Équipe de France féminine de water-polo.
Né le 12 juin 1982, à Montreuil.
Ancien joueur du Cercle des nageurs noiséens.

Palmarès

  • Entre 2012 et 2016, sélectionneur de l’Équipe de France masculine, laquelle, sous ses ordres, participe aux Jeux Olympiques de Rio après 24 ans d’absence.
  • Depuis 2016, sélectionneur de l'Équipe de France féminine de water-polo.

Sa devise

“Dans la joie et la bonne humeur !”

Son anecdote

"Ce 1er janvier où l’eau était à 21°C"

La solidarité, dit-on, se crée souvent contre quelque chose et, nous concernant, j’avoue avoir un peu joué, c’est vrai, sur l’idée que le système ne souhaitait pas forcément notre réussite. Du genre, "ils nous prennent pour des tocards et bien, on va leur montrer !" Remarquez, c’est un sentiment assez simple à développer quand vous arrivez par exemple avec votre équipe le 1er janvier à l’INSEP, qu’on ne vous a mis aucun médecin, aucun kiné, aucun préparateur physique à votre disposition et que, pour couronner le tout, l’eau du bassin est à 21°C. Vous n’imaginez peut-être pas mais c’est une température glaciale pour un entraînement de plus d’une heure ! Là, j’ai dit aux gars : "Si vous ne voulez pas faire la séance, aucun problème, je comprends ; mais dans trois semaines, on joue notre peau pour se qualifier au Tournoi pré-olympique… Alors, que fait-on ? On pleure ou on passe au-dessus de cet obstacle et on s’entraîne ?" Après s’être regardés quarante secondes, tous se sont jetés à l’eau en faisant preuve pendant 1h30 d’une solidarité incroyable. Là, notre groupe s’est construit un peu plus. Ça a été un tournant !

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