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Conseils de coach

Gérard Houllier

Conseiller extérieur de l'Olympique Lyonnais et consultant pour Red Bull

Le 13 avril 2017

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Gérard Houllier – “Football – Comment réussir une causerie ?”

« Je crois à l’idée qu’une équipe s’accomplit lorsqu’elle donne tout, qu’elle sort d’un match sans regret, ni remord… Mon rôle est donc de la mettre en condition pour y parvenir. » Découvrez tous les conseils de Gérard Houllier, conseiller extérieur de l’Olympique Lyonnais et consultant pour Red Bull.

1/ Cerner les enjeux d’une causerie

Voilà un moment fort, intense, je dirai même « intime » de la préparation du match : les causeries. Dix, quinze minutes maximum au cours desquelles vous vous adressez une dernière fois aux joueurs de manière collective. C’est d’ailleurs pour garder cette intimité indispensable que je n’ai jamais voulu qu’elles soient filmées.

L’essentiel alors – et un jeune coach a parfois tendance à le négliger – est moins ce que vous allez dire à votre groupe que ce qui va être retenu. Oui, l’enjeu est là : être entendu, être compris, avec cette idée directrice de soigner la confiance de vos joueurs afin qu’ils soient libérés en termes d’initiative, de créativité. Vraiment, cette notion doit transpirer de votre intervention. Là, ce n’est plus le moment de parler de l’autre, de brandir le spectre de l’adversaire. La veille, avec un montage vidéo en appui, ok ; mais sûrement pas là ! À deux heures du match, et je n’en démords pas, c’est la confiance qui compte : confiance en soi, mais confiance aussi en son coach, en son staff, en ses partenaires. Le joueur doit sentir que s’il échoue, les copains seront là, en soutien, pour remettre le collectif sur le bon cap. Cette solidarité, ce sens du sacrifice apparaissent comme des valeurs essentielles, une équipe est riche si tous ses joueurs sont prêts à faire les efforts les uns pour les autres. Lors de ce temps de parole, j’en profite aussi pour insister sur la concentration, le contrôle de soi. Malgré la débauche d’énergie, le joueur doit savoir rester le plus lucide possible sur un terrain, ne pas prendre un avertissement pour un oui ou pour un non par exemple, car à très haut-niveau, l’expulsion est le plus souvent synonyme de défaite. Quant à l’idée d’une causerie qui servirait à motiver ses joueurs, je n’y adhère pas. Un sportif de haut-niveau trouve, à mon sens, ses propres sources de motivation. En revanche, la causerie doit créer les conditions pour optimiser cette motivation.

2/ La préparation d’une causerie

À une ou deux exceptions près, je garde, conservées dans un coin de ma cave, toutes mes causeries, presqu’un millier, mais je ne les montre jamais, je ne les relis jamais. Chaque match, sa feuille blanche sur laquelle je me plonge le matin pour noter une trame, avant, l’après-midi, de me concentrer sur la rédaction en m’inspirant de ce que j’ai vu dans la semaine, de ce qu’a pu me rapporter mon staff… Je fais alors très attention au choix des mots, le discours doit être précis, ciselé. En clair, je prépare toutes mes improvisations (sourires). Et puis une fois la causerie écrite, je la lis deux-trois fois dans ma chambre d’hôtel pour la mémoriser : pas question, vous vous en doutez, de venir avec sa fiche dans la main et la lire devant son groupe !

Face à mes joueurs, que j’aime disposer en arc de cercle – cela fait d’ailleurs partie du message ! – , je cherche alors à être simple, direct et authentique. Je n’essaie pas d’avoir une gestuelle particulière ; juste d’être calme, serein, en soignant bien sûr les intonations pour être percutant. La structure de la causerie reste immuable. Je débute par une présentation du contexte, en fixant si besoin des objectifs intermédiaires (un record de points à aller chercher, un nombre de victoires à épingler sur une série de matches, etc.)… Puis, je passe à la composition d’équipe, en citant les titulaires comme les remplaçants : surtout, être extrêmement collectif dans ce moment-là car c’est la qualité du groupe qui fait souvent gagner. J’aborde ensuite les principes tactiques, défensifs et offensifs : ceux dans l’ADN de notre équipe, ceux aussi propices à ennuyer l’adversaire du jour. Enfin, je conclus par une ou deux minutes plus personnelles, plus secrètes, durant lesquelles j’essaie de toucher l’amour-propre de mes joueurs, de provoquer leur émotion… Là, ce sont vos derniers mots, ceux qui comptent. Des mots lâchés autant avec vos tripes qu’avec votre tête et qui disent aux joueurs pourquoi ils vont gagner.

3/ Les pièges d’une causerie

À première vue, certains imaginent peut-être qu’une causerie, finalement, c’est toujours un peu la même chose… Et le risque, pour un coach, serait justement qu’au fil des matches, son équipe finisse par éprouver le même sentiment ! Voilà pourquoi, l’entraîneur a cet impératif de devoir régénérer son discours, histoire de provoquer chez ses joueurs « une attente de la causerie ». Modifier son approche, changer ses angles d’attaque, varier son vocabulaire… Bref, il doit maîtriser l’art de se renouveler pour maintenir une forme d’éveil et d’envie chez ses joueurs. Des joueurs à qui l’on doit présenter un propos cohérent, sans décalage entre ce que vous avez travaillé la semaine et les consignes que vous êtes en train de leur donner. Devant lesquels aussi vous vous devez d’être positif, en bannissant les phrases négatives du genre « surtout ne pas prendre de but ! ». Ça, c’est le meilleur moyen d’installer dans leur esprit l’idée qu’ils vont en encaisser un (sourire). Il faut être assuré, convaincu. Avez-vous déjà entendu un pilote d’avion dire à ses passagers « Mesdames, messieurs, attachez vos ceintures, on va essayer d’atterrir du mieux que l’on peut » ? Pas très rassurant, non ?

Quant à l’utilisation d’éléments extérieurs à l’équipe pour aiguiser la motivation des joueurs, je n’y suis pas très favorable : alors que vous avez besoin de joueurs lucides, vous les détournez de leur concentration. Je n’aime pas non plus les causeries centrées sur l’idée de revanche, de vengeance par rapport à un précédent avec l’adversaire : une équipe sera toujours meilleure lorsqu’elle évolue pour elle plutôt que contre quelqu’un. Lorsqu’elle est surtout sereine, calme, confiante, raison pour laquelle je conseille aussi de jouer avec prudence et habileté sur la fibre émotionnelle : les joueurs sont tellement différents les uns des autres que la stratégie peut s’avérer dangereuse. D’autant que notre rôle est davantage de les rassurer que de les faire monter « aux rideaux »…

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Biographie

Gérard Houllier, conseiller extérieur de l’Olympique Lyonnais et consultant pour Red Bull.
Né le 3 septembre 1947, à Thérouanne (Pas-de-Calais).
Ancien entraîneur de Lens, Paris SG, Liverpool, Lyon et Aston Villa notamment.
Ancien sélectionneur de l’Équipe de France.

Palmarès

  • Champion de France avec le PSG (1986) et l’OL (2006, 2007).
  • Vainqueur de la FA Cup (2001), de deux League Cups (2001, 2002), de la Coupe UEFA (2001) et de la Supercoupe d’Europe (2001) avec Liverpool.

Sa devise

“Never give up! (Ne jamais abandonner)

Son anecdote

"Comme le disait Capello, on est tous des voleurs !"

Moi, j’ai toujours cherché à être plus efficace dans mon boulot. Et dans cette quête, je considère qu’il est bon d’avoir dans son réseau de connaissances des gens issus de milieux différents que le football, qui peuvent vous donner des pistes de réflexion... N’oublions pas qu’on fait un métier sur un jeu, mais un jeu joué par d’autres ! Je me souviens qu’un soir, alors que nous traversions une passe de mauvais résultats avec mon équipe, je parlais de manière informelle de mes difficultés à des amis quand un homme s’est approché de moi en proposant son aide. Il venait du monde économique, avait réussi à sortir d’une période compliquée avec ses employés et il m’a éclairé, me faisant par exemple comprendre qu’en période de crise, l’entraîneur - hiérarchiquement au-dessus de ses joueurs - doit savoir faire l’effort de quitter son piédestal, se mettre à la hauteur de ses hommes pour mieux cerner leurs ressentis...
Dans un article, Fabio Capello (manager italien très réputé) disait un jour : "Entraîneurs, on prend des idées à droite, à gauche… On est tous des voleurs !" C’est ça, la vie ; après, bien sûr, vous devez toujours y mettre votre personnalité...

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