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Basket-ball

Favoriser la prise d’initiatives

Valérie Garnier
Coach de basket-ball
"Aujourd’hui, je ne peux plus entrer sur le terrain et prendre la balle, je n’ai pas non plus de "Nintendo" en main pour tout contrôler… Il faut savoir laisser l’instinct de la joueuse s’exprimer."

Équiper ses joueuses d’un solide « disque dur »

Ce matin-là, séance de travail studieuse et dynamique pour les joueuses de l’Équipe de France. À l’entraînement, qu’elle soit avec ses filles de l’Équipe de France ou de Bourges, la coach exige toujours « beaucoup de travail, de rigueur, d’application et de volonté »… Les futures victoires se construisent ici. « En basket, on prépare un match en fonction des caractéristiques défensives et offensives de l’adversaire, avec un schéma de jeu, des stratégies, explique la technicienne. Seulement après le coup d’envoi, tout va très vite pour s’adapter, je n’ai que cinq temps morts et une mi-temps pour réajuster les choses. Les joueuses doivent pouvoir prendre les bonnes initiatives… » Comment ? « En piochant dans un panel de solutions vues en amont », sourit Valérie Garnier dont les séances d’entraînement visent à gommer le maximum d’inconnues ; quitte à placer son groupe dans des situations d’inconfort aussi. « C’est toujours plus facile de trouver les bonnes réponses lorsque vous n’êtes pas surpris », justifie, d’une voix douce, ce caractère fort et perfectionniste. Alors, pour arriver à ses fins, créer une carte mémoire chez ses joueuses, elle « répète, répète, même les choses dites 24h plus tôt ». Même insistance dans les exercices, avec plus de malice, toutefois. « Pour le bien-être mental, la répétition doit avoir un aspect ludique et il est important d’instaurer de la variété dans les séances : ne pas toujours faire la même chose donc…même si le but recherché reste le même. »
Le but ultime, lui, apparait limpide : « créer un langage commun pour que la prise de décision individuelle soit comprise par le collectif. » Et ne vienne perturber que l’équilibre adverse.

Libérer l’esprit des joueuses de certains freins

Bien sûr, dans les mots-clés choisis par Valérie Garnier pour définir son management, « travail », « rigueur », « générosité » sont d’emblée évoqués. Mais elle n’oublie pas, non plus, de parler de « communication » et d’ « écoute ». « Parce que chaque personne du groupe a envie d’exister et est indispensable au bon fonctionnement de celui-ci, justifie-t-elle. Or quand on connaît ceux qui nous entourent, on devine plus facilement leurs besoins, leur envie d’aide. » Une ouverture qu’elle considère indispensable eu égard à son expérience d’ancienne meneuse de jeu. « Il y a des moments que vivent les joueuses que j’ai vécus et qui, je le sais, peuvent être angoissants ». Elle songe notamment à l’erreur, ces shoots ratés pourtant tellement présents dans ce sport où tout va très vite. Et à leur conséquence sur la suite des matches, particulièrement chez les femmes. « Chez elles, où la prise d’initiative personnelle est déjà moins naturelle que chez les hommes, l’erreur a souvent tendance à les inhiber, les pousse à renvoyer la responsabilité d’un shoot à une partenaire… Là, il faut vraiment insister pour qu’elles se fassent violence et relèvent la tête. L’erreur aide à progresser à condition évidemment qu’on la switch (sic) rapidement ; si on reste dans l’erreur, là, on ne progresse plus. » Mais dans la tête de l’athlète, la sérénité peut s’être fissurée, les questions, s’entrechoquer. Chercher à stimuler la prise d’initiatives se révèle souvent vain alors, car précipité. Avant tout, et le coach valide, c’est la confiance qu’il faut restaurer. « Plus que d’insister avec la fille sur son échec aux trois points ou aux lancer-francs, je vais la faire travailler sur ce geste avec lequel elle est en délicatesse. En la recentrant sur la technique, la mécanique du mouvement, elle n’est plus en train de se demander si elle va rater ou non le panier. » La marche avant est réenclenchée.

S’appuyer sur de vrais leaders ?

D’elle, Valérie Garnier dit que c’est « une chance » de l’avoir dans son équipe. Céline Dumerc, un tempérament, une capitaine, une meneuse de jeu, un peu son double en fait… « ça doit être pour cela qu’on s’entend bien », s’amuse celle qui la précédait, il y a une quinzaine d’années, aux manettes de l’Équipe de France. Si la connexion entre les deux femmes semble totale, elle apparaît surtout nécessaire dans ce sport où les temps de réaction sont très courts. « Oui, parce que c’est elle qui annonce les mouvements et, dans les moments chauds, elle veut la balle et n’hésite pas à prendre ses responsabilités. » Valérie Garnier précise sa pensée : « Si on avait prévu une attaque placée au temps-mort et que, finalement, on réussit une interception, là, il ne faut plus tergiverser mais aller tout de suite au cercle. À un moment, il est obligatoire que les joueuses prennent les choses en main. » Le conseil de la coach de l’Équipe de France vaut d’autant plus pour ses filles « expertes » comme elle les qualifie, « des joueuses qui ont du talent, de l’expérience, de la connaissance et savent répondre aux situations pour les avoir vécues en match ou aux entraînements. » Alors bien sûr, en cas de doute ou d’interrogation de la meneuse en dehors d’un temps mort, un regard vers le banc et Valérie Garnier oriente aussitôt, « un geste ou une parole suffise ». Avec Dumerc… ou une autre d’ailleurs. « Aussi importante soit-elle, Céline ne peut porter à elle seule tout le leadership du groupe », justifie la technicienne qui, pour susciter la prise de décisions chez ses cadres, discute énormément avec elles en amont.  « C’est essentiel pour qu’elles comprennent ce que je propose, qu’elles me disent aussi comment elles le vivent… Je ne suis plus sur le terrain, moi, et le ressenti de la joueuse est essentiel. L’important pour le groupe est d’avoir un objectif commun et de se donner les moyens de l’atteindre ».

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