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Volley-ball

Magali Magail – Les spécificités du management de femmes

Magali Magail
Coach de volley-ball
"Les garçons sont plus "entraîneurs" dans l’âme. Pour avancer, ils attendent de leur coach un savoir, une connaissance… Tandis que les femmes, elles, cherchent surtout une relation de confiance."

Trouver le juste équilibre dans le langage…

« À mes joueuses, je leur parle comme à des mecs ! » Lorsqu’on lui a rapporté cette formule signée Patrice Lair, manager à poigne et au succès incontestable avec les footballeuses de l’OL (2010-2014), on soupçonne Magali Magail d’avoir eu envie de bondir… Confraternelle, tempérée par la présence de la caméra aussi, la Mulhousienne s’est contentée de nous lancer de gros yeux. « Je ne partage pas ce style de communication : déjà parce qu’en tant que femme, je n’ai pas ce vocabulaire-là ; surtout, parce que je sais combien mes joueuses sont sensibles. Si l’homme, confronté à un langage cru, avec des expressions du style « bouge ton c… », réagit sûrement ; la femme, elle, a plutôt tendance à se vexer, à se refermer sur elle-même. À mes yeux, ce serait contre-productif. »  L’autorité, l’exigence –la séance d’entraînement à laquelle nous avons assisté l’a confirmé– n’en restent pas moins des axes forts de son management. Et la notion de combat, un thème central de ses causeries d’avant-match. « Les femmes ne rentrent pas aussi naturellement que les hommes dans le duel ; alors oui, j’insiste beaucoup sur ce mental à afficher pour gagner. Toujours en faisant attention à rester polie, j’utilise un vocabulaire très « guerrier » pour stimuler leur agressivité et les faire entrer dans cette « bagarre » (sic) si capitale au haut niveau… »
Dans d’autres domaines, concernant plus l’aspect tactique ou technique du jeu, les mots apparaissent parfois secondaires. Là encore… parce que ce sont des femmes ! « Le ton que j’emploie, le regard qui est le mien, toutes ces petites choses peuvent souvent suffire avec elles à obtenir une réaction », confie cette « mauvaise perdante ». Un sixième sens à ne jamais négliger dans le management. « C’est vrai, car mes joueuses voient des choses qu’on ne soupçonne même pas : si je ne suis pas sereine, elles vont le sentir, grimace Magali. Dès que je mets un pied dans la salle, elles m’analysent de toute façon ! Le pire, c’est qu’elles se trompent parfois, imaginent que je suis énervée alors que tout va bien… »

Répondre à leur besoin de reconnaissance…

Joueuse, Magali a, naturellement, été comme « ses » filles : un peu râleuse , un peu  pleurnicheuse… ! « Une caractéristique des femmes », sourit-elle. Comme elles encore, celle qui a pris en mars dernier les rênes de l’Équipe de France voulait bien sûr se sentir reconnue dans son équipe. En passant de l’autre côté de la barrière, elle connaissait donc tout de ces sentiments, et pourtant… « Oui, j’avoue avoir été surprise de ce besoin chez les filles d’être sans cesse rassurées, de l’importance qu’elles accordent aux « feed back », positifs comme négatifs, lâche l’intéressée à la sortie justement d’une semaine de bilans individuels. Les femmes veulent donner du sens à ce qu’elles font, avoir des repères : il faut faire ce que l’on dit, mais dire aussi ce que l’on fait ! Si le garçon va prouver sur le terrain qu’il fait partie du groupe, la fille va d’abord devoir se sentir bien pour évoluer. » En clair, se sentir exister dans le collectif pour performer. « Pour cela, je dois tout le temps leur parler et par exemple ne pas faire l’erreur, en arrivant à l’aéroport, de taper sur l’épaule d’une joueuse sans avoir un geste ou un mot pour les onze autres. Chez elles, il y a plus de jalousie que chez les hommes », insiste ce coach qui, dans son club, s’est entourée d’ailleurs d’un entraîneur-adjoint, d’un préparateur physique, d’un ostéopathe et d’un médecin… hommes. « J’avais besoin de cette présence masculine car on ne peut pas travailler qu’entre femmes. Là, les échanges sont différents : avec eux, il y a davantage un pouvoir de séduction…» Magali considère en revanche qu’entre un entraîneur femme et ses joueuses, la relation apparaît peut-être « plus forte », « fusionnelle » même, et se voit parfois « en maman » devant l’extrême attention que demandent ces sportives.

Quid du sensible sujet de la maternité ?

On le sait, tout responsable d’entreprise classique se pose en silence la question au moment d’engager une jeune femme, souvent en couple, parfois même mariée. En apprenant que les recrues de l’ASPTT Mulhouse passaient des tests de grossesse lors de leur visite médicale, on imaginait donc cette suspicion encore plus forte dans le sport de haut-niveau…à tort, à en croire Magali Magail. « Moi, la maternité, je n’y pense pas au moment de faire signer une joueuse. Je fais confiance à son sens des responsabilités, elles savent toutes qu’il n’y a pas de « joker médical » et qu’elles ne pourront pas être remplacées. Elle en sait quelque chose : en pleine saison il y a quatre ans, une joueuse était venue lui annoncer qu’elle attendait un enfant. « Je me souviens d’un sentiment bizarre… Habituellement, on se réjouit d’une future naissance mais là, cela avait créé un malaise. Le groupe ne l’avait pas forcément accepté, s’était senti abandonné. » Des joueuses, pourtant, qui ont l’âge de fonder une famille, qui naturellement y pensent… et sérieusement, en privé. Mais, dans l’intimité du vestiaire, le sujet serait surtout propice aux blagues. « Elles me laissent entendre qu’il y a peut-être eu un accident, qu’elles sont peut-être enceintes…Même si cela ne me fait pas rire, elles en rigolent mais savent aussi pertinemment que, dans notre métier, on n’a pas le droit d’y penser ! Moi-même, alors que je ne joue plus, je ne me l’autorise pas ! » Alors forcément, à certaines périodes de la carrière, la mise entre parenthèses de sa vie de femme peut être source de frustration. « Comme les filles se confient plus facilement que les hommes, des échos me reviennent, confirme Magali. Mais tout en restant attentive, j’essaie de ne pas m’immiscer dans leur sphère privée ». Une sphère privée dans laquelle, pour ne rien faciliter, les proches ont souvent du mal à comprendre pareil sacrifice. « Ils ont l’impression qu’on ne vit pas sur la même planète, observe Magali, 36 ans… et philosophe lorsqu’elle conclut : « notre vie ne nous autorise simplement pas à avoir une vie. »

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