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Jeux Olympiques

#1 – Un exploit sous le soleil de Melbourne

28/06/2019
En 1956, Alain Mimoun est devenu champion olympique du marathon aux Jeux Olympiques de Melbourne sous un soleil de plomb. Et devant son ami Emil Zátopek. Enfin !

Son ami Emil Zátopek favori

Il s’est mis sur un côté de la piste et a attendu son ami. Cela faisait dix ans qu’Emil Zátopek le battait à chacune des grandes compétitions. Il l’avait devancé lors du 10 000 mètres des Jeux Olympiques de Londres en 1948, puis sur le 5 000 mètres et le 10 000 mètres des Championnats d’Europe en 1950 et à nouveau lors du 5 000 mètres et du 10 000 mètres des Jeux d’Helsinki en 1952 ! À chaque fois, Alain Mimoun avait dû se contenter de la médaille d’argent. Mais il ne lui en voulait pas, tant il avait de l’admiration pour celui que l’on appelait la Locomotive Tchèque. Ses multiples défaites face à « Emil » n’avaient pas nourri d’amertume. Au contraire. Les deux hommes étaient devenus amis au fil de leurs affrontements. Cette fois encore, la victoire était promise à Emil Zátopek, grand favori du marathon des Jeux olympiques de Melbourne en cet été austral de l’année 1956. Mais tout le monde ignorait que le Tchèque avait dû se faire opérer quelques mois plus tôt d’une hernie discale. Alain Mimoun avait alors 35 ans, il n’était pas attendu parmi les premiers. Mais le Français s’était particulièrement bien préparé. Ce jour-là, il régnait une chaleur étouffante. Alain Mimoun, ayant vécu la campagne de Tunisie face à l’Afrikakorps d’Erwin Rommel puis la célèbre bataille de Monte Cassino où il avait été grièvement blessé (on avait alors failli l’amputer), connaissait bien la chaleur. Et souffrir sous la chaleur plus encore.

Un mouchoir pour l’éternité

Alors, il s’est élancé dans ce marathon avec un moral à toute épreuve. Très vite, Alain Mimoun s’est retrouvé aux avant-postes, avec notamment son ami américain John Kelley. Celui-ci l’a invité à partir en tête avec lui. Et malgré les 36 degrés à l’ombre –une ombre dont les coureurs ne pouvaient d’ailleurs pas profiter –, Alain Mimoun, dossard 13, a accéléré l’allure. Il s’est juste couvert la tête d’un mouchoir, comme il le faisait en Algérie. Une image qui restera dans la légende des Jeux Olympiques. Alain Mimoun va lâcher son compère et se retrouver seul en tête, bientôt acclamé par le public australien touché par le courage de ce Français. Il ne regardera plus derrière lui. Il file vers le stade olympique, mais les derniers kilomètres sont un chemin de croix sous cette chaleur. Ses jambes deviennent dures comme la pierre, il souffre mille maux mais ne cède pas. Et puis vient la délivrance, l’entrée dans le stade olympique sous une ovation gigantesque. Ce sont plus de 100 000 Australiens qui se sont amassés dans le Cricket Ground Stadium pour acclamer les héros du marathon. Alain Mimoun achève les 42,195 km en 2h25. Mais à cet instant, il ne pense pas à cette gloire soudaine, il guette l’arrivée des suivants. Il voudrait tant que son ami Emil Zátopek arrive dans les trois premiers pour qu’ils partagent à nouveau un podium. Mais las, le Tchèque, pas suffisamment préparé, n’arrive qu’en 6e position, le visage défiguré par la souffrance. Alain Mimoun, qui se tient au bord de la piste, l’applaudit. Puis vient à sa rencontre. « Emil, tu ne me félicites pas ? ». Emil Zátopek, en plus de sa déception personnelle, pensait qu’Alain Mimoun n’avait pas remporté la course. « Emil, j’ai gagné » dit Alain Mimoun. Alors, celui qui reste peut-être comme le plus grand coureur de l’Histoire de la course à pied, lève les yeux et sourit à son ami. C’était comme s’il était Champion Olympique lui-même. Les deux hommes s’étreignent comme des frères qu’ils étaient devenus au nom des Jeux.

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