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Jeux Paralympiques

#11 – Charles Rozoy, ou l’accomplissement d’un vieux rêve

23/07/2020
La leçon de la médaille d’or du 100m papillon aux Jeux Paralympiques de Londres en 2012 est une authentique leçon de vie. Récit.

Champion du monde de l’entraînement

Du plus loin qu’il se souvienne, Charles Rozoy a voulu devenir champion olympique. Il ne savait pas dans quelle discipline mais c’est un rêve auquel il n’a jamais renoncé. Alors qu’il accompagne ses voisins qui vont s’entraîner à la piscine de la Fontaine d’Ouche dans la banlieue de Dijon, il se voit invité par leur coach à les rejoindre dans la ligne d’eau. Il a alors 6 ans et cet entraîneur, Éric Lebourg, va lui donner le goût de la natation et de l’entraînement. Son rêve prend forme lorsqu’il intègre sport études. Fort de ses bons résultats, Charles Rozoy rejoint ensuite le pôle France de Dijon où il s’entraîne avec Sylvain Fréville, une rencontre décisive dans l’accomplissement de son rêve. « Je m’entraîne alors 2 fois par jours plus la musculation, raconte Charles Rozoy. 3h le matin, 2h l’après-midi. » Malgré cet investissement, les résultats ne suivent pas. « J’étais le champion du monde de l’entraînement. » Alors, Sylvain Fréville lui tient un discours de vérité. « Il m’a dit : soit tu fais un podium aux championnats de France ou un temps de référence internationale, sois tu es viré. »

« Ce n’était pas lui rendre service de l’entretenir dans une illusion, explique Sylvain Fréville. Il fallait le mettre face à ses responsabilités, c’est le rôle d’un entraîneur. ». Charles termine 4e des championnats de France et à 2 centièmes du temps international. Sylvain Fréville tient parole. Charles Rozoy quitte le pôle France la mort dans l’âme. Il a 18 ans. « C’est un monde qui s’écroule, dit-il, j’ai fait une dépression, j’ai pris 30 kilos, je ne savais pas ce que j’allais faire de ma vie. » Il s’inscrit sans conviction en médecine. « Ça n’a pas duré longtemps. J’ai passé mon brevet d’état de canoé kayak en candidat libre, un sport que je pratiquais aussi depuis l’enfance. Grâce à cela, j’ai intégré une 2e année de STAPS. Et puis j’ai repris la natation mais pour le plaisir. Je nageais entre midi et deux. Juste pour moi. Mais je m’envoyais vraiment. »

C’est ainsi, en s’entraînant seul, sans pression, qu’il va retrouver le goût de la haute performance. Sylvain Fréville lui tend la main. Charles Rozoy devient champion de France du 50m papillon. Il peut croire à nouveau à son rêve.

Fatale glissière

Mais voilà, celui-ci va se fracasser un soir d’été sur une maudite glissière de sécurité. Le 26 juillet 2008, quelques semaines après son titre de champion de France, Charles rentre en moto après sa journée de travail de saison comme maître-nageur. Las, un chauffard le heurte et l’envoie contre une glissière de sécurité avant de prendre la fuite. Les nerfs de son bras gauche sont sévèrement touchés, arrachement du plexus brachial, la même blessure que Jamel Debbouze, il ne pourra plus se servir de son bras… Cette fois, pense-t-il, son rêve des Jeux Olympiques est désormais brisé. L’épreuve est terrible à accepter. Il est sur son lit d’hôpital lorsque Alain Bernard devient champion olympique du 100m à Pékin. Ce dernier lui envoie un petit message de soutien depuis le village olympique…

S’en suit une longue rééducation. « Mon kiné n’avait pas de piscine alors j’allais faire des exercices dans la piscine municipale. C’est alors que j’entends des gamins qui discutent à mon propos : t’as vu, c’est Rozoy, avant il était super fort mais là, il est fini, il ne fait plus que de l’aquagym…. Ça été un choc. On m’a alors parlé du handisport. Mais j’ai dit non, le handisport pour moi, c’était pour les handicapés… Et puis j’ai fini par accepter ma situation et je suis allé voir mon coach. Je lui ai dit : je veux être champion paralympique. » Sylvain Fréville accepte mais à une condition. « J’entraîne un athlète, lui dit-il, pas un handicapé. » Les deux hommes se mettent au travail en janvier 2009. Avec acharnement. « Il fallait trouver des solutions pour nager avec un seul bras », raconte Sylvain Fréville, aujourd’hui responsable de la formation à la Ligue de natation de Bourgogne. En juin, Charles Rozoy décroche le titre de champion d’Europe du 100m papillon grand bassin et en décembre il est sacré à Rio, champion du monde en petit bassin. Le rêve reprend forme. Les Jeux Paralympiques de Londres approchent. L’adversité vient des nageurs chinois ainsi que d’un Russe qui, lui, nage avec ses deux bras, son handicap est lié à l’une de ses jambes ce qui est beaucoup moins pénalisant pour le papillon. Mais peut-on étouffer un si vieux rêve ?

« Les Jeux Olympiques de Londres se sont disputés juste avant les Jeux Paralympiques, explique Charles Rozoy, je n’ai écouté aucune Marseillaise lorsqu’un Français gagnait, à chaque fois je quittais la pièce ou j’éteignais la télé. Je voulais que la Marseillaise résonne pour moi. » Plus rien ne peut empêcher Charles Rozoy d’accomplir son destin.

La course est âpre. Le Russe a pris les devants mais dans le deuxième 50m, Charles revient au courage, fort d’une volonté de toujours, ce projet d’être là, à cet instant, au meilleur de lui-même. Charles Rozoy a rendez-vous avec lui-même. Dans les gradins Sylvain Fréville a lâché son chronomètre, il hurle, pousse, nage avec celui qui est devenu son ami. Charles Rozoy donne tout ce qui est possible de donner. C’est la victoire ou rien.

Grâce à un énorme finish, il devient ce 30 août 2012, champion paralympique. Charles Rozoy est là où il a toujours voulu être. Sur la plus haute marche du podium avec l’hymne national pour lui… « C’était étrange, j’avais tellement idéalisé le fait d’être champion paralympique que lorsque c’est advenu, j’ai été surpris d’être toujours le même. Cela ne changeait rien, j’étais juste Charles Rozoy. Rien d’autre. Je n’avais pas de super pouvoirs… Le soir je me suis retrouvé dans la chambre au village paralympique avec Sami El Gueddari (qui sera 5e du 50m nage libre), je lui ai fait part de ce sentiment. Il m’a alors répondu : ce titre sera ce que tu voudras en faire… Il avait raison. » La nuit sera douce. Le coach, lui, est également redescendu sur terre. « C’était sa victoire, nullement la mienne, moi je me suis juste dit que l’on était allé au bout du projet. » Le devoir de l’un, le rêve de l’autre, accomplis.

Aujourd’hui, Charles reprend la compétition et espère se qualifier pour se rendre à Tokyo l’été prochain. À suivre…

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