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Jeux Olympiques

#5 – Micheline Ostermeyer, la pianiste championne olympique

31/10/2019
Micheline Ostermeyer demeurera à tout jamais l’une des plus grandes championnes françaises de l’Histoire. Tout en ayant mené une carrière de concertiste.

Titre olympique et concert

En ce 5 août 1948 accablé de chaleur, le Royal Albert Hall offre un peu de fraîcheur au public venu en nombre assister à un concert de Beethoven donné par la pianiste française Micheline Ostermeyer. Beaucoup l’ignorent parmi les spectateurs mais la concertiste a, l’après-midi même, été sacrée championne olympique du lancer de poids avec un jet à 13,75 m. Une semaine auparavant, elle avait remporté le concours olympique du lancer de disque à son dernier essai, en battant le record de France avec 41,92 m. Avant d’obtenir en fin de compétition la médaille de bronze au saut en hauteur… Les Jeux Olympiques de 1948 sont inaugurés le 29 juillet par le roi George VI devant 85 000 spectateurs à l’Empire Stadium de Wembley. Sous les yeux de la jeune et future reine Élisabeth, 59 délégations défilent. L’Allemagne et le Japon n’ont pas été conviés. Londres est encore en partie détruite mais cette manifestation sportive marque la volonté du monde libre de se reconstruire. La capitale symbolise aussi la résistance à l’oppression nazie et cette ville est incontestablement la mieux placée pour incarner la renaissance des principes de paix et d’humanité. Lorsque les 4 000 athlètes parviennent sur le sol britannique, il n’y a pas forcément de quoi les loger ni les nourrir. On réquisitionne des collèges, des casernes pour installer les athlètes. Les Argentins sont venus avec leur viande, les Italiens ont apporté des pâtes. Les Français, moins bien organisés, ont retrouvé leur lot de 1 700 kg de viande avarié par le trajet et la chaleur qui règne sur l’Angleterre cet été-là. Micheline Ostermeyer ne fait pas grand cas de ces problèmes de logistique. Elle est toute à sa joie d’être aux Jeux Olympiques.
Dans le stade de Wembley, on peut lire la devise de Coubertin en anglais : “The important thing in Olympic Games is not winning but taking part. The essential thing in life is not conquering but fighting well.” Comme après la Première Guerre mondiale, le conflit a modifié la société dans son ensemble et notamment le rôle des femmes, qui ont pris en charge de nombreuses choses en l’absence des hommes. Nombre d’entre elles se sont illustrées durant la Résistance. Le regard que la société porte sur elles a changé et la vision qu’elles avaient d’elles-mêmes également. Le Général de Gaulle leur donne le droit de vote. Les Jeux Olympiques de Londres vont marquer de manière symbolique cette avancée déterminante des femmes dans la représentation sociale. Ainsi, les grandes stars de ces Jeux Olympiques seront des femmes. Tout particulièrement l’athlète néerlandaise Francina Blankers-Koen, une mère de famille de 30 ans qui remporte quatre médailles d’or (100m, 200m, 80m haies et relais 4×100 m). Elle aurait pu ajouter des médailles en sauts (longueur et hauteur) si le règlement n’empêchait pas les femmes de prendre part à plus de trois épreuves individuelles ! La Française Micheline Ostermeyer sera l’autre grand personnage de ces épreuves olympiques. Elle est alors inconnue du grand public. Car c’est avant tout une très grande musicienne.

Un destin tragique

Depuis son plus jeune âge, Micheline Ostermeyer travaille le piano cinq heures par jour. Parallèlement, elle pratique le basket l’hiver et l’athlétisme au printemps et en été. Elle s’entraîne deux fois par semaine. Durant ses jeunes années, elle vit avec sa famille en Tunisie puis part pour Paris afin de poursuivre sa carrière musicale. C’est ainsi qu’au mois de juillet 1946, elle remporte le très prestigieux premier prix du Conservatoire de Paris. Dès lors, elle devient une pianiste reconnue et entame une carrière de concertiste. Pour autant, elle n’abandonne pas ses activités sportives et continue de s’entraîner. En arrivant dans la capitale, elle est allée prendre sa licence au Stade Français non sans provoquer quelques sarcasmes des dirigeants : une pianiste virtuose qui veut lancer le poids…
Ils en seront pour leurs frais. Car deux jours après son premier prix au Conservatoire, Micheline Ostermeyer se rend à Bordeaux pour y remporter le titre de Championne de France du lancer du poids. Et quelques semaines plus tard, une médaille d’argent aux Championnats d’Europe à Oslo. Elle trouve un équilibre entre musique et sport. Même si la pratique de la musique l’empêche de s’entraîner autant que ses adversaires. « Le travail pianistique que j’ai effectué plusieurs heures par jour, toute ma vie, a remplacé ce que la musculation donne aux athlètes, expliquait-elle. Moi, je ne soulevais pas des poids ou haltères, je jouais au piano cinq ou six heures par jour, donnant un maximum d’intensité musculaire à mes doigts, mes bras, mes épaules. J’ai ainsi développé ma capacité musculaire. » En 1947, elle remporte le concours de Genève, prestigieuse récompense qui la consacre sur le plan international. L’année post-olympique, Micheline Ostermeyer s’adonne encore davantage au piano et triomphe salle Gaveau. Aux Championnats d’Europe, elle remporte une médaille de bronze au lancer de poids et au 80m haies… Encore une nouvelle discipline. Un lumbago la prive de participation aux Jeux Olympiques d’Helsinki en 1952 où elle était la favorite de l’épreuve de pentathlon et au saut de haies. Elle met alors un terme à sa carrière sportive, se marie, et donne naissance à un garçon et une fille. Mais son mari décède, laissant Micheline en charge de ses deux jeunes enfants. Elle doit alors cesser les concerts pour s’occuper d’eux et devient exclusivement professeur au conservatoire. Jusqu’à ce que le destin ne l’accable définitivement à la mort de son fils. Seule la mort, le 17 octobre 2001, viendra la délivrer de ce chagrin.

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