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Jeux Olympiques

#6 – L’incroyable victoire de Steven Bradbury

28/11/2019
L’Australien Steven Bradbury est devenu champion olympique de short-track* en 2002 à Salt Lake City dans des conditions absolument rocambolesques.

Une carrière à lutter

Jusqu’à ce jour du 16 février 2002, l’Australie n’avait jamais remporté un titre aux Jeux Olympiques d’hiver. Et puis vint Steven Bradbury. Avant lui, « le lièvre et la tortue » n’était qu’une fable. Avec lui, elle deviendra réalité.

En arrivant dans la ville de Salt Lake City, Steven Bradbury ne nourrissait aucun espoir de médaille. Sa carrière était derrière lui. Originaire du Queensland où l’on pratique surtout le surf, Steven Bradbury a commencé à patiner à l’âge de dix ans. Et s’est pris de passion pour cette discipline dans un pays où elle n’existe quasiment pas. II a dû surmonter d’énormes obstacles pour pouvoir s’entraîner et financer ses voyages afin de disputer des compétitions. Opiniâtre, l’Australien est néanmoins parvenu à se faire respecter sur le circuit international du short-track dominé par les Sud-Coréens, les Chinois et les Américains. Steven Bradbury participe à ses premiers Jeux Olympiques à Albertville en 1992. Il se présente deux ans plus tard en 1994 à ceux de Lillehammer avec l’intention d’y décrocher une médaille en individuel. Hélas, accroché par un adversaire, il tombe. Mais obtient la médaille de bronze par équipes, sa qualification olympique en 1992 ayant fait des émules en Australie. À Nagano, en 1998, il chute à nouveau et son rêve olympique s’effondre. C’est d’autant plus dur à vivre qu’il a dû affronter plusieurs rudes coups du sort, dont il s’est à chaque fois relevé. À 21 ans, Steven Bradbury a eu la jambe traversée par un patin lors d’une chute. Il a perdu plusieurs litres de sang sur la glace, et ne doit sa survie qu’à l’intervention rapide des secours sur la patinoire. En 2000, il va connaître un autre terrible accident sur la glace. Il chute à grand vitesse, se fracasse contre la balustrade et se fracture deux vertèbres de la nuque. Les médecins lui conseillent de ne plus remonter sur la glace en compétition, malgré tout, il continue de patiner. C’est pourquoi lorsque débutent les Jeux Olympiques de Salt Lake City, Steven Bradbury vient conclure une carrière pleine de volonté et de courage. Ce sont ses 4e et derniers Jeux Olympiques. Il a 29 ans. Il sait qu’il n’a aucune chance d’approcher, même de loin, une médaille. Passer le premier tour serait une victoire pour lui. Il est là pour prendre du plaisir, une forme de jubilé. Il entend aussi profiter de l’occasion pour faire connaître sa petite entreprise de patins à glace. Durant la conférence de presse qui précède la compétition, il signale que le favori de l’épreuve, l’Américain Apolo Anton Ohno porte les patins de sa marque. D’ailleurs, la veille de la compétition, il l’appelle pour lui dire : « quand tu seras champion Olympique demain soir, fais un peu de pub pour mes patins… »

Le dernier homme debout

Steven Bradbury parvient en quart de finale, non sans avoir réalisé un faux départ en série. Ce doit être sa dernière course. Car il y a sur la ligne de départ le petit génie américain Apolo Anton Ohno et le Canadien Marc Gagnon. Les deux figurent parmi les favoris pour le titre. Ils remportent d’ailleurs très facilement la course. Steven Bradbury termine loin derrière eux, à la 3e place. Et se trouve donc éliminé puisque seuls les deux premiers sont qualifiés pour les demi-finales. Mais quelques minutes plus tard, Marc Gagnon est déclassé par le jury pour obstruction. Et voilà donc l’Australien qualifié pour les demi-finales sur tapis vert. Divine surprise. Mais là encore, aucune perspective ne s’offre à lui. D’ailleurs, durant la course, il est bon dernier, très loin derrière les leaders. Quand survient le dernier virage. Les trois patineurs à la lutte pour la victoire chutent. Steven Bradbury, qui prend le temps de savourer sa dernière course olympique, se trouve un demi-tour derrière. Mais, grâce à cet incident, il termine 2e de la course et se retrouve miraculeusement qualifié pour la finale. Il n’en revient pas. Deux gros coups de chance de suite !

Mais cette fois la plaisanterie est terminée. Sont en effet présents dans cette finale les meilleurs patineurs de short-track de la planète : le Canadien Mathieu Turcotte, triple champion du monde ; le vice-champion olympique de Nagano, le Chinois Li Jiajun, plusieurs fois champion du monde ; le Sud-Coréen Ahn Hyun-Soo, future grande star de la discipline sous le nom russe de Viktor Ahn et qui remportera six titres olympiques ; et enfin, il y a Apolo Anton Ohno, double champion du monde alors qu’il n’a que vingt ans. Bref, Steven Bradbury n’a absolument aucune chance, même de figurer dans cette course. Mais c’est pour lui une merveilleuse manière d’achever sa carrière olympique.

Bien entendu, qualifié par accident, il n’est pas en mesure de suivre le rythme de ces quatre champions. Dès le début de la course, il se retrouve à l’arrière du peloton, très vite lâché par le quatuor. Les cadors s’expliquent devant, chacun son tour passe en tête. La lutte est acharnée et lorsque survient le dernier tour, la victoire n’est pas encore décidée. Le Coréen, le Canadien, le Chinois et l’Américain abordent l’ultime virage à la lutte. Steven Bradbury observe le dénouement, en spectateur privilégié. C’est alors que Li Jiajun à la bagarre avec Ahn Hyun-Soo, glisse et entraîne le Coréen dans sa chute. Celui-ci part en glissade et, comme une boule de billard, percute Apolo Anton Ohno et Mathieu Trucotte… Les quatre favoris sont au sol. Dans la patinoire, c’est la stupéfaction. Car arrive alors « the last man standing », le dernier homme debout, tel qu’il titrera sa biographie : Steven Bradbury, le champion olympique le plus incroyable de l’Histoire. « C’est vrai, commentera-t-il, je suis probablement le champion olympique le plus chanceux de tous les temps. Mais c’est aussi la victoire de la persévérance… » 

* Patinage de vitesse sur glace sur piste courte.

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