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Jeux Olympiques

#8 – Le miracle de Lake Placid

13/03/2020
Lors des Jeux Olympiques d’hiver de Lake Placid en 1980, l’équipe américaine de hockey sur glace a accompli un exploit qui est à jamais inscrit dans la légende des Jeux Olympiques.

Une bande d’étudiants et un coach charismatique

Aux États-Unis, cette aventure collective est toujours vécue comme l’une des plus incroyables de l’Histoire du sport. Pour le célèbre magazine de sport américain Sports Illustrated, la victoire de l’Équipe des États-Unis dans le tournoi olympique de hockey sur glace aux Jeux Olympiques d’hiver de Lake Placid en 1980 est toujours considérée comme le plus grand moment de sport du 20e siècle. Parce qu’il s’agit d’un des sports majeurs en Amérique du Nord et que cet événement impliqua une opposition sportive sur fond d’affrontement géopolitique. C’était en effet l’époque de la Guerre Froide où les deux blocks Est-Ouest s’opposaient sur les terrains diplomatique, militaire mais aussi culturel et sportif.

La nature des équipes qui vont s’affronter dans ce tournoi de hockey des Jeux Olympiques de 1980 participera également à la légende de cette compétition. Du côté soviétique, il s’agit en effet d’une des plus grandes équipes de l’histoire du sport. L’URSS dominait le hockey olympique de l’après-guerre. Son équipe avait remporté avant Lake Placid les quatre dernières éditions des Jeux Olympiques. Mais elle disposait surtout à ce moment-là de ce qui est encore aujourd’hui la plus grande équipe de l’histoire de ce sport. Chaque joueur de l’équipe était une immense star en Union Soviétique où les enfants, du moins les Russes, ont presque tous patiné avant de marcher. Ces joueurs s’appelaient Boris Mikhailov, Sacha Maltsev, Vladimir Petrov, Valeri Kharlamov, mais surtout le plus grand gardien que le hockey n’ait jamais porté, Vladislav Tretiak, qui est aujourd’hui président de la fédération russe de hockey. Et bien entendu sans oublier ceux qui vont marquer de leur empreinte les années 80, Viatcheslav Fetissov et Sergueï Makarov. Enfin, cette équipe était entraînée par celui qui figure parmi les plus grands entraîneurs de l’histoire du sport, Viktor Tikhonov, aussi craint que détesté par ses joueurs.

Il y a beaucoup de superlatifs dans cette histoire mais c’est pour cela que ce moment de sport est connu sous le nom de « miracle on ice ». 
Le mot miracle viendra du décalage de niveau entre l’équipe américaine par rapport à son homologue soviétique. À l’époque, les professionnels de la NHL ne disputaient pas les Jeux Olympiques. Aussi l’équipe américaine était-elle constituée des meilleurs jeunes joueurs des universités américaines. Certes, le sport universitaire aux États-Unis dans les disciplines comme le basket ou le hockey tient du haut niveau, mais ces étudiants s’avéraient être de jeunes joueurs sans expérience du niveau international. Mais ils avaient pour eux leur enthousiasme, leur vitalité, leur insouciance… et leur coach. Pour encadrer cette bleusaille, les dirigeants américains avaient eu l’idée géniale de nommer Herb Brooks comme sélectionneur. C’était à l’époque un grand coach universitaire, ayant mené par trois fois l’Université du Minnesota au prestigieux titre NCAA en 1974, 1976 et en 1979, soit l’année précédant les Jeux Olympiques. Cet ancien membre de l’équipe de hockey américaine aux Jeux Olympiques en 1964 et 1968 est un entraîneur dur aux méthodes strictes pour qui seul le travail compte. Il va mener la vie dure à ses « boys ». Mais a-t-il le choix ? Il lui faut en quelques semaines transformer une bande d’étudiants en une équipe de hockey international compétitive. Chaque entraînement est une mise à l’épreuve. Les jeunes hockeyeurs américains sont poussés dans leurs limites mais ils se plient à la discipline de Brooks. Ce dernier leur dit la vérité les yeux dans les yeux, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas le talent individuel pour être champion olympique. Ils s’en rendent compte d’ailleurs par eux même lors des matchs de préparation. Ils subissent à New York une correction face à l’équipe d’URSS, 10 à 3. Leur salut passera par le travail et le collectif. Des 80 hockeyeurs sélectionnés, Brooks en a retenu une vingtaine. Vingt garçons prêts à tout donner les uns pour les autres.

Au début du tournoi olympique, le public américain ne s’intéresse guère à son équipe de hockey qui n’a aucune chance de l’emporter ; elle attend surtout le patineur Eric Heiden qui vise cinq titres olympiques.  

Un discours de légende

Les Américains commencent le tournoi par un match nul face aux Suédois (2-2). Puis ils affrontent les redoutables Tchécoslovaques. Et c’est le début du miracle. Les étudiants atomisent la grande équipe Tchèque 7 buts à 3 ce qui les envoie, après leurs victoires face à l’Allemagne, la Norvège et la Roumanie, en demi-finale des Jeux Olympiques. C’est une immense surprise pour tout le monde. Mais on ne donne pas cher de leur peau pour la suite. Ils sont en effet opposés à l’immense équipe de Viktor Tikhonov. Une poignée d’étudiants venus des universités des quatre coins des États-Unis face à la plus grande équipe de l’histoire du hockey. Tout est en place pour une belle histoire…

À commencer par le discours de Herb Brooks à ses joueurs avant le match. Le ton de sa voix, ses mots qui résonnent dans le silence des vestiaires, son regard… vont créer les conditions de l’exploit. Les mots touchent au cœur. Ils ramènent les Soviétiques à hauteur d’hommes. Les jeunes étudiants américains écoutent sans un murmure. Quelque chose monte en eux…

 « Les grands moments sont nés des grandes opportunités et ce moment, c’est le vôtre. C’est ce que vous avez gagné ce soir. Un match. Si on le joue dix fois, ils gagneront neuf fois. Mais pas ce match. Pas ce soir. Ce soir on patine avec eux, ce soir on reste avec eux et on les met à terre parce qu’on le peut. Ce soir, nous sommes la plus grande équipe de hockey du monde. Vous êtes nés pour être des joueurs de hockey. Tous ceux qui sont ici. Vous étiez destinés à être là ce soir. C’est votre temps. Leur temps est révolu. C’est fini. Je suis malade et fatigué d’entendre parler de la grande équipe de hockey soviétique. Qu’ils aillent se faire voir ! C’est votre temps. Maintenant on sort d’ici et prenez le ! » 

Ce discours est resté fameux dans la mémoire collective américaine. Tous les Américains se souviennent où ils étaient le 22 février 1980. Leurs boys marquent deux buts coup sur coup en début de match. Surpris, les Soviétiques – qui reconnaîtront plus tard avoir sous-estimé cette équipe américaine – se reprennent et partent à l’assaut des buts de Jim Craig. Ils reviennent à deux partout puis mènent 3 à 2. Le match prend une intensité folle. Les Américains égalisent. Puis leur capitaine Mike Eruzione se présente seul face au but soviétique gardé par la légende Vladislav Tretiak. Et il marque. Les États-Unis mènent alors 4 à 3. Il reste dix minutes à jouer. Dix minutes qui resteront dans l’histoire du sport américain et au-delà. Les Soviétiques arrivent par vague sur les buts de Jim Craig qui aura effectué 39 arrêts durant ce match. Il ne cède pas. Alors qu’il reste cinq secondes à jouer, le commentateur d’ABC Al Michaels va prononcer cette phrase qui donnera son nom à ce moment de sport, « Croyez-vous aux miracles ? Oui. »

Les phases finales rassemblaient à ce moment-là quatre équipes qui se rencontraient toutes et le champion olympique était le vainqueur de cette poule finale. Cette victoire inouïe face à l’URSS de Tikhonov n’était donc pas une fin en soi. Il restait aux Américains à battre les Finlandais pour être sacrés champions olympiques. Le lendemain de ce match historique contre les Soviétiques, Herb Brooks a concocté à ses joueurs le plus dur des entraînements qu’ils n’aient jamais réalisés. Il s’agissait de les ramener sur la glace. À la réalité. Ils l’emporteront 4 à 2 sur les Finlandais et réaliseront ce qui est toujours aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands exploits de l’histoire du sport. Une bande de jeunes étudiants devenait championne olympique devant les meilleurs hockeyeurs de la planète !

En 2002, lorsque les Jeux d’hiver reviendront aux États-Unis, à Salt Lake city, c’est cette équipe olympique américaine de hockey légendaire qui fut désignée pour allumer la flamme olympique. Tous ensemble. Comme sur la glace, vingt-deux ans auparavant.

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