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Team Banque Populaire : Clarisse Crémer « au-delà des espérances » de Ronan Lucas

17/07/2020
Crédit photo : Martin-Keruzoré / BPCE
Clarisse Crémer a disputé sa première course en solitaire à bord de l’IMOCA Banque Populaire X lors de la Vendée - Arctique - Les Sables, une course préparatoire au Vendée Globe qui partira à l’automne prochain. Elle s’en est remarquablement sortie en terminant 12e de cette course durant laquelle Clarisse a longtemps été au contact des meilleurs. Une grande satisfaction pour le Team Banque Populaire. Nous avons interviewé Clarisse à son arrivée ainsi que le manager de projet, Ronan Lucas, sur les leçons de cette première expérience.

• Ronan Lucas, qu’avez-vous pensé de la course de Clarisse ?

C’est une super course. Car pour une première course en solitaire de ce niveau sur un tel bateau ce n’était pas forcément évident. Elle a fini à 5 ou 6 heures des premiers avec un bateau plus vieux de dix ans par rapport à ces bateaux de tête. C’est une sacrée jolie performance. Elle avait déjà traversé l’Atlantique en course en solitaire mais sur un bateau de 6,50 m. Là, c’est un bateau qui fait trois fois cette longueur, or cela s’est très bien passé. Elle a été dans la régate du début à la fin contre des bateaux qui étaient beaucoup plus performants. Donc on est très heureux de la course qu’elle a pu effectuer et qui constitue un très bon entraînement dans la perspective du Vendée Globe.

Comment jugez-vous ses capacités d’apprentissage ?

Elle est douée, c’est le moins qu’on puisse dire. On n’en doutait pas trop. Avant de la recruter, on avait vu ce qu’elle avait fait en termes de sport, elle avait notamment fini 2e de la Mini Transat. L’adaptation a été courte puisque cela fait à peine un an qu’elle travaille au sein du Team et sur ce type de bateau, c’est-à-dire ceux qui vont faire le Vendée Globe. On voit qu’elle a déjà pleinement le bateau en main. Elle a encore des appréhensions, ce qui est bien normal mais la formation accélérée a très bien marché.

Est-ce que vous aviez le droit de la conseiller durant la course ?

Non. Sur les IMOCA, on a uniquement le droit d’intervenir en la conseillant si elle casse quelque chose pour qu’elle le répare par ses propres moyens. Mais on n’a pas le droit de lui donner des indications sur la trajectoire à suivre ou sur la stratégie à adopter par rapport à des adversaires. Elle est vraiment livrée à elle-même. Elle a beaucoup travaillé la météo cet hiver avec Marcel Van Triest qui est notre routeur historique ainsi qu’avec deux météorologues qui sont Jean-Yves Bernot et Christian Dumas. Elle nous envoyait juste tous les jours un message pour nous dire comment se passait sa course. On ne la contacte jamais. C’est elle qui a la main. La démarche vient de la mer vers la terre et non l’inverse.

Aussi lorsqu’elle est partie pour cette première course, c’était un peu l’oisillon qui quittait son nid…

Oui, il y avait de l’émotion de notre côté, on savait que c’était sa grande première, que les conditions annoncées n’étaient pas faciles. C’est l’aboutissement de plusieurs mois de travail avec l’équipe où chacun a cherché à lui apporter son expérience dans différents domaines comme l’électronique, les cordages… afin qu’elle dispose d’une caisse à outils qu’elle puisse utiliser au fil de ses navigations.

Elle dispose à travers le Team Banque Populaire d’un coaching collectif…

Oui c’est la force du Team Banque Populaire ; nous avons une équipe variée et chacun apporte dans son domaine ce qu’il peut à Clarisse afin qu’elle dispose des meilleures armes pour partir en mer.

Ce projet avec elle constitue pour vous une manière de vous réinventer puisque Clarisse ne pose pas les mêmes questions qu’Armel Le Cléac’h, les problématiques avec elle sont différentes…

C’est en effet une autre manière de travailler. Clarisse a sa propre personnalité, sa propre expérience. Il y a des domaines auxquels elle porte plus d’importance que d’autres et c’est intéressant de travailler avec une jeune femme qui a toute cette fraicheur, cette envie de bien faire et sa propre vision. Cela ouvre notre état d’esprit. Car elle regarde les choses différemment qu’Armel peut le faire.
C’est très enrichissant pour tout le monde.

Est-ce qu’il y a dans le milieu de la course au large une habitude du partage, de la transmission même entre concurrents ?

Pour ce qui concerne les bateaux qui jouent la gagne comme c’est souvent notre cas, il y a une certaine confidentialité sur les aspects de performance pure. Chacun ne va pas donner ses petits secrets pour aller vite à ses adversaires car ça reste du sport et on a envie de finir devant les autres. En revanche, en mer existe la solidarité des gens de mer qui veut qu’on ne laisse jamais quelqu’un dans l’embarras. C’est donc un mélange entre cette confidentialité et cette solidarité. Par exemple, sur les éléments de sécurité, on échange avec les autres équipes, notamment en classe Ultim. Nous, par exemple, on a beaucoup échangé sur les éléments que l’on a pu découvrir lors de la casse de l’un de nos bateaux afin que ces bateaux dans l’avenir soient plus sûrs.

Est-ce que le coach à terre a aussi peu dormi que la navigatrice en mer ?

Avec l’expérience, on dort mieux mais lorsque je savais qu’il y avait des conditions météo difficiles, je me levais la nuit pour voir si tout allait bien, c’est-à-dire si le bateau avait une bonne vitesse, s’il allait dans le bon sens. Mais c’était plus pour me rassurer moi et mieux finir ma nuit.

Désormais sur quoi allez-vous travailler avec Clarisse dans la perspective du Vendée Globe ?

C’est une course qui reste un mélange de sport et d’aventure. Le but sera de finir cette course pour elle comme pour nous et on est sûr qu’elle nous surprendra agréablement. Côté sport, elle a montré de grandes qualités. Beaucoup ont été surpris de voir qu’elle jouait dans le groupe des meilleurs. Son bateau ne lui donne pas a priori la possibilité de gagner car on voulait un bateau sur lequel elle se sente à l’aise et pas la dernière Formule 1 et en cela on est très content du bateau. Donc là, elle va beaucoup naviguer d’ici le départ de la course afin de découvrir le moins de chose possible durant le Vendée Globe.

Avec Samantha Davis (qui a fini 4e de la course), Isabelle Joschke (qui a fini 13e), on voit que ces jeunes femmes tiennent bien leur rang…

C’est le projet que l’on voulait avec Clarisse, un projet qui va de l’avant et Clarisse se situe au-delà de nos espérances. Elle nous apporte toute sa bonne humeur et en plus elle fait de sacrées performances sur l’eau. C’est vraiment sympa.


• Clarisse Crémer, que retenez-vous de cette première ?

La principale leçon a été de voir que j’étais capable de mener le bateau toute seule dans des conditions compliquées et en version course. Il s’agissait de me prouver à moi-même que c’était possible dans l’objectif du Vendée globe. Or je me surprends à me dire que je suis prête, que c’est une aventure faisable

Est-ce que durant la course vous vous êtes répété les consignes du Team, de Ronan… Est-ce que vous auriez eu besoin de leur présence ? Et comment avez-vous géré la solitude par rapport à l’adversité ?

Jusque-là, j’avais appris à me servir du bateau en étant ultra entourée. Quand je faisais des sorties en mer, c’était des faux solos car j’avais toujours des conseils autour de moi, des petites phrases en plus. Donc, durant cette course, c’était la première fois que j’étais vraiment toute seule en course. Mais j’avais vraiment l’impression de les entendre à côté de moi, à me donner des conseils : n’oublie pas ceci, fais cela… Mais ce qui est bien, c’est qu’au terme d’une course comme ça, on finit par s’approprier ces conseils. De sorte qu’à la fin, on a l’impression que ces conseils viennent de soi. Et c’était le but, s’approprier l’énorme savoir de cette équipe qui a déjà fait des Vendée Globe. Or j’ai l’impression que cela fonctionne.

Vous avez avec ce Team une multiplicité de coachs…

Oui, j’ai des référents techniques en fonction des compétences de chacun, je peux poser plein de questions à plein de personnes différentes. Après, sur la gestion globale de la course, du projet en mer, de l’aspect psychologique, c’est plus Ronan Lucas et Pierre Emmanuel Hérissé qui sont mes coachs.

Quels vont être vos axes de travail jusqu’au Vendée Globe ?

Rien ne remplace la navigation en océan sur la durée comme cette course. Maintenant, on va travailler sur des aspects plus techniques : essayer des nouvelles voiles, effectuer des manœuvres sur lesquelles j’ai eu la sensation d’être plus faible. Je vais avoir aussi des entraînements en septembre avec le pôle Course au large de Port La Forêt pour se mettre en dispositif compétition. Mais on se trouve maintenant dans la dernière ligne droite donc il va y avoir aussi des choses extra nautiques à gérer comme la nourriture, les vêtements…

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