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Escrime

Escrime : un titre mondial, « une belle et grande récompense »

24/07/2019
Crédit photo : Balazs Czagany/MTI via AP)/MTI172/19201682085697/HUNGARY OUT/1907210016
L’Équipe de France d’escrime repart des Mondiaux de Budapest avec de très bons résultats : un titre de champion du monde pour Enzo Lefort, et une médaille d’argent pour Pauline Ranvier. Leur point commun ? Ils ont tous deux été formés au Cercle d’escrime de Melun, sous la direction de Patrice Lhotellier.

Patrice Lhotellier, champion Olympique en 2000 à Sydney et double champion du monde par équipe de fleuret, est le directeur technique du Cercle d’escrime de Melun Val de Seine. Ce club historique de l’escrime française a donné à l’Équipe de France, lors des Mondiaux à Budapest, un titre de champion du monde avec Enzo Lefort et une médaille d’argent avec Pauline Ranvier. Une performance exceptionnelle puisque le fleuret français n’avait pas remporté de titre mondial depuis Philippe Omnès en 1990. Un succès qui récompense le formidable travail des entraîneurs de ce club ainsi que celui des coachs français dans les pôles et à l’Insep, comme nous l’explique Patrice.

Pouvez-vous nous présenter le club de Melun qui a donc formé ou contribué à former Enzo Lefort et Pauline Ranvier ?

On a fêté nos 70 ans cette année. Le club a été créé en 1949, et cela fait 50 ans que nous organisons le challenge des « 1 000 fleurets »… Nous comptons 280 licenciés.

Quels champions de fleuret ce club a-t-il formé ?

Jacky Courtillat, médaillé de bronze aux Jeux Olympiques en 1964,  Brigitte Gapais-Dumont, médaillée d’argent à Montréal en 1976 et quatre participations aux Jeux, Bruno Boscherie, champion Olympique en 1980, Bernard Talvard, trois fois médaillé aux Jeux Olympiques, Daniel Revenu, six fois médaillé aux Jeux Olympiques, Frédéric Pietruszka, champion Olympique en 1980. Et enfin Lionel Plumenail, qui était licencié au club lorsqu’il est devenu champion Olympique par équipe à Sydney, Olivier Lambert qui nous a rejoint en 1999, moi-même, et Youssef Hocine, vice-champion du monde en 1987 qui est actuellement entraîneur au club.   

Vous êtes donc avant tout un club formateur ?

Oui, on a toujours été un club formateur.Tous ces champions ont été formés au club notamment par Maître Revenu… On garde nos jeunes jusqu’en cadets voire juniors, ensuite ils partent dans les pôles puis à l’Insep. Mais ils gardent un lien fort avec le club.

Quelle est la philosophie sportive du club ?

Notre philosophie de l’escrime consiste à former dans la convention(1), c’est-à-dire un jeu basé sur l’esprit du fleuret : l’échange, le dialogue avec l’adversaire. Ce que l’on peut appeler de la belle escrime. Nous n’enseignons pas les coups de raccroc, le genre d’escrime où l’on attaque et on se cache. On essaye bien sûr de piéger l’adversaire mais dans les règles. L’idée n’est pas de toucher à tout prix mais de toucher en ayant raison. C’est-à-dire en étant dans la convention. J’ai moi-même été formé dans cet esprit par Maître Revenu.

Quelle est la difficulté pour un entraîneur de proposer cet enseignement qui s’inscrit dans une forme de tradition de l’escrime ?

Avec ce genre d’escrime, il est souvent plus difficile, au départ d’obtenir des résultats chez les jeunes. Car il est compliqué de mettre en place ce jeu-là, qui est assez exigeant en terme technique. C’est un jeu qui appelle la faute, on commet des erreurs. En revanche, si l’on fait preuve de persévérance, alors on finit par franchir un cap et dès lors, cela devient vite payant, on rattrape les échelons et on monte plus haut que les autres. C’est encore plus vrai chez les filles. En effet, pour contrer les problèmes que pose l’escrime où l’on procède par attaques et remises en se cachant, il faut beaucoup de force physique. Ce dont ne disposent pas forcément les jeunes filles. En revanche, par la suite, et ça été le cas de Pauline Ranvier, elles deviennent très fortes. Surtout que lorsqu’elles parviennent en Équipe de France, les entraîneurs trouvent matière à travailler. Au niveau international, si tu n’as pas un minimum de technique, tu ne t’en sors pas. Nos escrimeurs sont parés pour cela.

C’est aussi ce qui fait votre force, vous connaissez bien toute la chaîne d’entraîneurs des pôles et de l’Insep avec qui vous avez été en Équipe de France. Vous travaillez en harmonie…

Oui, la chance que l’on a, c’est que l’on se connaît très bien. On a été en Équipe de France ensemble, on a la même philosophie du fleuret, ce jeu de prises de décision, notamment avec Lionel Plumenail qui était en charge du pôle d’Aix-en Provence et qui est désormais en Équipe de France, avec Franck Boidin auparavant en Équipe de France et désormais avec Emeric Clos, l’entraîneur national. C’est vrai pour l’escrime mais pour le reste aussi. Quand les escrimeurs reviennent en club, on leur parle de la même escrime mais avec un discours forcément différent. Mais qui va aller dans le même sens de l’Équipe de France. Et ça peut leur faire du bien. Surtout quand ils ne vont pas bien.

Enzo Lefort a la réputation d’avoir un énorme potentiel, pourquoi cela ne s’est-il pas concrétisé plus tôt ?

C’est un peu comme Kylian Mbappé, on savait qu’il avait un potentiel exceptionnel. Après, dans le haut niveau, il faut que tout se mette en place, psychologiquement, techniquement, physiquement. Là, les planètes étaient alignées le jour J. 
Enzo dispose de cette élasticité, de cette vitesse d’exécution qui font qu’il est difficilement battable quand tout se met en place.

Et Pauline Ranvier ?

Elle a percé jeune, en juniors. C’est plus une combattante, une travailleuse. Elle a besoin de beaucoup s’entraîner, elle sent l’escrime à travers ses coups. Techniquement, elle est peut-être moins forte que certaines filles, mais elle ne lâche jamais rien, elle est toujours forte dans sa tête. Elle n’a que 25 ans, elle n’est pas à son apogée…

Que représentent ces résultats pour votre club ?

Ça va nous apporter des licenciés en plus à la rentrée.
C’est aussi important psychologiquement pour ceux qui nous aident et pour tous ceux qui travaillent au club, cela valorise le travail de tout le monde. Cela faisait 29 ans qu’un Français n’avait pas été champion du monde, cela montre tout le travail accompli. Et puis, pour chacun de nous, qui partons souvent les week-ends loin de chez nous pour emmener les jeunes en compétition, c’est une belle et grande récompense. 

Votre Coach avait rencontré en 2016 Hughes Obry, coach d’escrime (épée) avec lequel nous avions longuement échangé : retrouvez ici son interview mais aussi toutes ses vidéos bonus…

(1) Il y a des codes qui définissent la manière dont se déroule un assaut : il faut avoir la priorité pour pouvoir toucher son adversaire, et la priorité est donnée à celui qui déclenche l’attaque.

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