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Athlétisme

Athlétisme : il nous préparait à affronter le monde

Philippe Tourret a été l’un des meilleurs mondiaux sur le 110 m haies dans les années 1980, tout en menant des études de haut niveau. Il le doit à Jacques Piasenta, qu’il considère à juste titre comme le plus grand entraîneur de l’athlétisme français.

Un épanouissement en tant qu’athlète, mais aussi en tant qu’homme

Je faisais de l’athlétisme en province près d’Agen et je suis venu à Paris pour progresser dans le sport, tout en poursuivant mes études. Je savais que si j’allais à l’Insep , je serais contraint de privilégier le sport. J’en ai discuté avec Jacques Piasenta lors des championnats de France 1984 à Fontainebleau. Il était d’accord pour dire qu’il était fondamental que je poursuive mes études et qu’il adapterait mes entraînements. Et c’est ainsi que, durant mes deux années de classes préparatoires à HEC, il m’a entraîné à raison de deux séances par semaine uniquement, en essayant de rattraper le temps perdu durant les congés scolaires et les vacances. J’ai ensuite intégré l’ESCP (Ecole Supérieure de Commerce de Paris), tout en progressant en athlétisme puisque, grâce à Jacques Piasenta, j’ai connu ma première sélection internationale en 1987, pour les championnats d’Europe en salle à Liévin. Et j’ai atteint, plus tard, en 1988, la demi-finale des Jeux Olympiques à Séoul et suis devenu le 8e performer mondial de ma discipline (110 m haies) en 1990. J’ai donc pu mener à bien à la fois mon parcours professionnel et ma carrière sportive. Et c’est grâce à Jacques Piasenta, qui avait cette préoccupation de mener ses athlètes au plus haut niveau, tout en les préparant à affronter le monde. Notre réussite en tant qu’homme ou femme le préoccupait tout autant que notre devenir sportif.

« Scientifiser » l’athlétisme et professionnaliser l’entraînement

En France, Jacques Piasenta est certainement l’entraîneur d’athlétisme qui a le plus grand palmarès, avec moult titres, olympiques, de champions du monde, d’Europe, de France… obtenus par ses athlètes. Il est, je pense, celui qui a inventé la professionnalisation de l’entraînement et la décomposition de l’exécution technique de notre sport, notamment par l’image. Il avait un degré absolu d’exigence, d’abord vis-à-vis de lui-même, dans la préparation et la diversité de ses séances. Mais il avait également une exigence à l’égard de ses athlètes. Il a été le sujet de polémiques, de procès d’intention, simplement parce que, comme beaucoup de très grands entraîneurs tels que Guy Novès dans le rugby, il fait partie des gens qui préparent au très haut niveau et qu’à ce niveau d’exigence et de recherche d’excellence, il n’y a pas de place pour l’à-peu-près, pour les compromis. Si l’on veut être champion de France ou olympique, il ne peut y avoir aucune complaisance vis-à-vis des athlètes que l’on entraîne, sinon ils doivent comprendre que le haut niveau n’est pas fait pour eux.

J’ai eu l’occasion de découvrir l’homme, d’échanger avec lui en-dehors de ce contexte sportif, et il s’agit de quelqu’un de très grande valeur, profondément humain. Et dans l’exercice de son magistère dans le haut niveau, il était d’une rigueur extrême. Il a justement développé une approche très « scientifisée » de l’entraînement. C’est pour cela que très tôt, il a filmé des séances et des compétitions. Il a analysé tout cela, modélisé et ensuite imaginé des théories, des méthodes de travail qui reposaient toutes sur des analyses scientifiques du geste, de la foulée, de la tâche. Il a, par exemple, théorisé la notion du cycle antérieur, qui est essentielle en sprint et qui est reprise très largement par nos consultants actuels de l’athlétisme. Alors qu’il l’a formalisée depuis plus de 30 ans à travers des communications, des écrits et ses fameux « vidéogrammes », elle est encore aujourd’hui considérée comme étant révolutionnaire. Il avait, en plus, cette capacité à expliquer les choses de façon très pédagogique. Il était ainsi un immense entraîneur, d’un professionnalisme abouti, et en même temps, il était resté un vrai éducateur, celui qui donne et qui transmet. Jacques Piasenta laissera une trace indélébile dans l’histoire de l’athlétisme français parce qu’il a su, au travers de ses nombreux livres et témoignages, laisser la possibilité à tout éducateur ou entraîneur de pouvoir comprendre, imaginer et finalement enseigner à des milliers d’athlètes actuels et à venir.

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