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Tennis de table

Patrick Chila – Coacher pour guider à la victoire

Patrick Chila
Coach de tennis de table
"Il faut toujours garder à l’esprit que seul le joueur tient la raquette en main. Mais si notre intervention s’avère décisive un match sur quinze, c'est déjà beaucoup…"

Parfaitement connaître son joueur

Alors qu’au tennis, le coaching est uniquement autorisé durant la Coupe Davis, chez son petit cousin qui se joue sur table, le règlement autorise le coach à échanger pendant les matchs avec son joueur, quelle que soit la compétition. Une minute entre les sets et lors du temps mort accordé à chaque camp, Patrick Chila distille conseils, astuces, encouragements… dans l’espoir d’influer sur le cours de la partie. « C’est là où mon expérience de pongiste de haut-niveau me sert beaucoup, car le laps de temps pour rectifier les choses est court », insiste l’ancien 15e joueur mondial de ping-pong. L’œil, donc, compte ; également la réactivité depuis le passage des sets de 21 points à 11 points (« À 1-3 ou 0-4, soit à moins d’une minute de jeu parfois, tu n’as plus que 20 % de chances de gagner le set »), l’endurance aussi (« il m’arrive d’avoir une dizaine de matchs à coacher dans la journée ! »), mais surtout la connaissance de son athlète. « C’est un paramètre primordial, confirme-t-il. Suivant les caractères des joueurs, le coaching s’avère totalement différent : avant de savoir si je peux jouer sur la fibre émotionnelle par exemple, j’ai intérêt à connaître leur personnalité sur le bout des ongles. » L’expertise technique de son athlète doit, en amont, être elle aussi totalement cernée. « Même si un coup m’apparaît simple à jouer, il ne l’est pas forcément pour mon joueur ayant une autre main (sic). Or, dans un moment crucial, je ne peux pas lui demander d’effectuer un geste qu’il ne sait pas faire… » D’où ce regret, chez Patrick Chila, de ne pas disposer, aussi souvent qu’il le souhaiterait, de ses joueurs porte-drapeaux de l’Équipe de France, mais licenciés dans des clubs qui leur assurent 80 % de leurs revenus avec certains devoirs de présence en retour. « Pour être un bon coach, il faut être au quotidien près de son joueur », défend-il.

Chasser les ondes négatives

Quand le match débute et qu’il s’assoit sur sa chaise, Patrick Chila n’oublie jamais le coach qu’il aurait aimé avoir à ses côtés quand il était joueur. Alors il encourage, reste positif, soucieux déjà de son attitude, laquelle ne doit trahir aucune fébrilité, aucune nervosité. « Le joueur n’aime pas trop quand ça brasse derrière lui, prévient-il. Les souffles, les gestes de dépit de l’entraîneur, je détestais ça. J’essaie donc de livrer le moins d’informations négatives possibles… » Dans son discours également, lorsque les choses tournent mal – « si tout va bien, j’évite de parler » s’amuse-t-il–, Patrick Chila cherche à balayer le défaitisme pour prodiguer le conseil juste, celui pouvant rééquilibrer les débats et finir par inverser les courbes de confiance. « Parfois, un joueur en difficulté n’a pas la bonne perception des choses. Je me souviens d’un de mes joueurs, Quentin Robino, mené 3 sets 0, totalement déboussolé et convaincu d’être dépassé dans tous les secteurs de jeu, alors qu’il souffrait surtout d’un problème en retour de service. Je lui ai demandé de se calmer, de faire un petit réglage en modifiant son placement, et il a commencé à gagner des points, à faire cogiter son rival, jusqu’à remporter le match. Ça, c’est vraiment jouissif pour un coach : sans moi, au risque de paraître présomptueux, il ne gagnait pas ce jour-là. » Des victoires qui se construisent en chassant les idées sombres dès les séances d’entraînement parfois, simplement en aidant l’athlète à avoir une meilleure compréhension de son propre jeu. « À ce niveau, Emmanuel Le Besson évolue de manière intéressante, juge son coach Patrick Chila. Jusqu’ici, il s’agaçait trop vite de ses échecs en revers, pourtant largement compensés par son potentiel en coup droit. Il a pris en compte cette donnée et aujourd’hui, en dédramatisant un revers dans le filet, il joue plus libéré et en passe davantage. » « Le mental, renchérit le coach de l’équipe de France de tennis de table, c’est 50 % du sport de haut-niveau. »

Être malin

Aucun manager du monde du sport ne contestera l’idée selon laquelle le succès d’un coaching pendant les matchs tient parfois à très peu de choses. Comme ironise notre interlocuteur, « c’est parfois un peu pile ou face et avoir un brin de psychologie peut souvent faciliter votre réussite quand vous avez 30 secondes de pause et que vous êtes obligé de dire quelque chose à votre athlète. » Patrick Chila avoue puiser souvent dans ses expériences personnelles pour éviter, à ce niveau, tout faux-pas. « J’ai été pongiste et je sais donc ce qui peut énerver mon joueur dans un moment délicat ». À ses yeux, déjà, ne jamais entrer en débat avec lui. « La minute d’échange doit être constructive, alors tant pis s’il arrive vers vous en râlant contre la réussite de son adversaire, en jugeant que celui-ci a du « c… », oui, allez dans son sens, recommande Patrick Chila. Ainsi, vous couperez court à cette discussion stérile et pourrez plus vite l’amener à l’essentiel : l’aspect tactique du match ». L’intéressé suggère également de laisser le joueur décider du moment où il souhaite demander un temps mort. « Bien sûr, tout cela se discute avant le match, on peut s’entendre aussi sur des petits signes, mais si le coach prend l’initiative à la place de son joueur, cela peut le déstabiliser : il risque d’arriver vers votre chaise avec des pensées négatives et votre causerie n’aura alors plus d’intérêt. »
Une malice que l’on peut retrouver dans les constitutions de paires lors des entraînements de ping-pong, en associant des pongistes qui n’ont pas forcément d’affinités dans le privé ou dont les jeux insistent sur leur coup faible respectif. « L’idée, explique Patrick Chila, est que le joueur s’efforce de maintenir un certain niveau de jeu sous fatigue psychologique. Même si à l’entraînement, rien ne remplace la compétition, cette boule au ventre que vous avez à 9 partout… » Et où un autre homme que celui qui tient la raquette peut donc faire basculer le match.

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