Afin de mieux vous servir et d’améliorer l’expérience utilisateur sur notre site, nous mesurons son audience grâce à des solutions utilisant la technologie des cookies. Les données collectées permettent de fournir uniquement des données statistiques anonymes de fréquentation. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de ces cookies. Si vous souhaitez en savoir plus ou refuser les cookies et les paramétrer, cliquez ici.

X
Ski

Greg Guenet – Comment appréhender la prise de risque dans le coaching

Grégory Guenet
Coach de ski freestyle
Greg Guenet – Comment appréhender la prise de risque dans le coaching
"Épingler la victoire grâce à une prise de risque, c’est bien meilleur… l’accomplissement alors est "mortel" !"

La prise de risque comme une évidence

Évidemment, d’autres interlocuteurs auraient pu être sondés sur la prise de risque dans le management sportif… Mais vu son CV de sportif, d’entrepreneur et de coach, évoquer ce sujet sans lui s’apparentait peut-être à une faute de carre. Greg Guenet, ancien sauteur acrobatique aujourd’hui à la tête du Team « Freeski Project », structure privée qu’il a créée lorsque la Fédération a arrêté de subventionner le Freestyle, parle d’ailleurs de la mise en danger comme d’une philosophie : « c’est comme cela que je vis, comme cela que j’entraîne mes skieurs. Si on veut avancer, surprendre, sortir du lot, on n’a de toute façon pas le choix. » Alors, bien sûr, l’homme a suffisamment d’expérience pour savoir que sa remarque résonne encore plus juste pour le sport de haut-niveau – « opter pour cette voie-là est déjà un risque car on n’est jamais sûr de pouvoir y arriver, jamais sûr de pouvoir en vivre » -, et a encore plus d’écho dans sa spécialité, le Freestyle – « c’est l’essence même de notre sport, extrême, où il faut enchaîner des figures entre 7 et 15 mètres au-dessus du sol ». Au passage, ce Franco-Suisse reconnaît d’ailleurs chez ses athlètes un tempérament « un peu barge », un goût pour « s’envoyer dans les airs ». Une qualité indispensable à ses yeux. « C’est un principe qui vaut dans la vie en général : si tu changes de métier mais que tu n’as pas au fond envie d’embrasser cette nouvelle carrière, tu vas forcément être moins bon. » La performance, c’est une obsession pour Guenet, ce pourquoi il incite ses troupes à repousser toujours plus loin leurs limites. « Prendre des risques pour prendre des risques, cela ne sert à rien, évacue-t-il. Moi, je les pousse à aller chercher des médailles qu’ils ne pensaient pas décrocher ». En mémoire, cette finale des X Games en 2010 où, pour la conquête de l’or, Greg Guenet demandera avec succès à Kevin Rolland d’aller tenter « non pas l’impossible… mais presque » !

La prise de risques, un acte prémédité du sportif…

Dans ce sport extrême qu’est le Freestyle, où le danger est là, au quotidien, la responsabilité de l’entraîneur va très au-delà des seules considérations de performance. « Je ne peux pas envoyer mes jeunes à l’accident, à la morgue ; le risque doit se préparer pour minimiser la part de hasard et de danger donc », insiste Greg Guenet. Une préparation minutieuse, en plusieurs temps, construite sur le socle de l’échange. « C’est un sport dur, où les skieurs se font tout le temps secouer, où ils ont peur…Je serais fou de vouloir leur imposer un enchaînement ! Mon rôle consiste plutôt à les accompagner dans les risques qu’ils veulent prendre. » Dès lors, la confiance dans le couple entraîneur-entraîné se doit d’être totale. « C’est la base, appuie Guenet. Peu importe ce que je leur dis, il faut que mes skieurs me croient. Si je dis à l’un d’eux « tu es capable de prendre ce risque », on relèvera le défi parce qu’il me croit ». Naturellement, le tableau n’est pas toujours aussi idyllique dans une carrière. « Un jour, j’avais demandé un peu trop à Xavier (Bertoni), pas très bien calculé son état physique, mental, et il s’est fait mal, refuse d’oublier Guenet. Il a fallu du temps pour qu’il me suive à nouveau… Je me suis également remis en question. Cette expérience m’a rendu meilleur. » La santé de ses athlètes reste toujours la priorité de Guenet. Sa vraie peur ? « Que le stress leur fasse oublier la technique », confie-t-il en songeant à l’ex-championne Sandra Laoura, dans un fauteuil roulant après s’être fracturé deux vertèbres lors d’une chute au Canada. « C’est horrible à dire, mais ce n’est pas le hasard ou une prise de risque qui explique qu’elle soit tombée, c’est son erreur technique. Comme la Canadienne Sarah Burke, morte après un saut mal négocié dans un half-pipe, elle n’était pas au top de sa technique ce jour-là… Voilà, plus on est fort dans la technique, moins on se met en danger. » Avant le jour J, énormément de répétitions donc, sur trampoline, sur airbag, beaucoup de ski, bien sûr, et du travail physique pour le gainage, la résistance à l’effort à plus de 3 000 mètres aussi. « Le risque n’importe comment, ça ne marche pas ! », résume Guenet.

L’argent dans le sport, un frein ou un moteur au risque ?

Avec la reconnaissance aujourd’hui du Skicross, du Slopestyle ou encore du Half-Pipe comme disciplines olympiques, le Freestyle est inévitablement entré dans une nouvelle dimension financière. « La perspective de médailles aux JO encourage les pays à investir davantage dans notre sport, observe Guenet. Cela a changé la donne. » Et c’est encore plus vrai pour son Team, totalement privé et donc soumis comme jamais à la pression de ses sponsors. « On ne peut pas se permettre une saison « molle », parce que le facteur économique est monstrueux : moins on a de résultats, moins on a de moyens et donc, moins on peut skier. Logiquement, on est alors moins bon et c’est la fin… » Raisonnement implacable qui incite parfois à des choix difficiles. Comme alourdir un calendrier en dépit d’organismes déjà fatigués : « ça arrive, oui ». Ou réfréner certaines envies d’acrobaties plus périlleuses, et donc plus incertaines … »Lors du dernier Dew Tour, on a contrôlé le risque sur le dernier run car, vu la notoriété de cette compétition, il était important, d’un point de vue sponsoring, d’être classé. Mais, globalement, ce n’est pas le genre de la maison… » Quitte à payer son caractère parfois « borné », Guenet rappelle par exemple avoir préféré inscrire son Team aux derniers X Games aux États-Unis, « là où notre sport est devenu ce qu’il est », plutôt qu’aux championnats du monde, « organisés au fin fond de l’Autriche par des instances qu’on ne connaît pas ». « Je ne veux pas faire les choses par intérêt », plaide-t-il encore. Le sport est beau quand on se donne à fond, sans calcul. » « Beau », quand il laisse aussi la porte entrouverte à de nouvelles émotions, de nouveaux exploits… Mais visiblement, Guenet n’apparaît guère inquiet sur ce point. « The Sky is the limit et, pour l’instant, le Freestyle en est loin, sourit l’intéressé. Non, on n’a pas fini de prendre des risques… »

S’abonner à la newsletter