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Tir à l'arc

Comment optimiser la concentration de ses athlètes

Marc Dellenbach
Coach de tir à l'arc
"La concentration idéale n'existe pas. En revanche, il y a des conditions à créer pour arriver à une harmonie entre le tireur, ses capacités du moment, l'objectif fixé... Pour arriver à ce que tout cela soit sur la même longueur d'onde et accessible."

1/ Apprendre l’exigence mentale à son athlète

Et si la concentration était un muscle, un muscle que l’on stimule, que l’on entraîne, que l’on développe ? Au bout d’une heure et demie passionnante d’entretien, Marc Dellenbach finirait presque par nous convaincre. Cet homme, en tout cas, ne croit pas à la thèse du « talent inné » pour justifier une concentration meilleure chez certains sportifs que chez d’autres. Marc Dellenbach mise plutôt sur le travail, la répétition et l’engagement, point de départ indispensable à toute réussite. « Fixer un objectif – élevé bien sûr mais toujours accessible – ayant du sens pour l’athlète afin qu’il se donne ensuite à 100% », pose d’emblée l’entraîneur national de tir à l’arc, une discipline dans laquelle le facteur mental est particulièrement prégnant, décisif, « discriminant » appuiera même notre expert. Alors pour bien faire comprendre à ses athlètes pourquoi ils s’entraînent – et donc, in fine, pour qu’ils s’entraînent mieux –, Marc Dellenbach ne se contente pas de mots. Lorsque nous l’avons rencontré début novembre, il avait par exemple installé ce petit panneau à l’entrée de la salle avec ce décompte « 1 361 jours avant les JO », et épinglé aussi ce poster sur la porte des vestiaires annonçant l’évènement de 2020… » Une fatigue psychologique s’installe lorsque vous tirez 300-400 flèches par jour, c’est usant, détaille le coach. Seulement, j’explique à mes archers que la différence pour les médailles dans quatre ans se fait là, dès aujourd’hui, qu’il n’y a donc pas de « petites situations », que chaque flèche doit être tirée comme si c’était la dernière des JO ! ». Une rigueur forte, de tous les instants. « La concentration s’apprend, se travaille. Il n’y a pas de recette miracle », s’excuse Marc Dellenbach, lequel adapte tout de même ses exigences au quotidien. D’abord, « parce qu’il n’y a pas qu’une seule manière de gérer sa concentration (…), certains ont besoin à un moment de « couper » pour évacuer un trop plein émotionnel » (voir anecdote). Ensuite, parce qu’il faut savoir prendre en compte les dispositions psychologiques de l’athlète le jour J. « Parmi nos archers, on a des étudiants et l’un d’eux peut venir s’entraîner après avoir eu un problème en cours, être moins bien. On doit alors accepter que sa capacité de concentration ne soit, ce jour-là, qu’à 80 % de son maximum… tout en lui demandant de donner 100 % de ces 80%-là ! » Le fameux 100 % d’engagement, toujours. Pour construire sa concentration, patiemment. « Il faut à peu près dix ans pour devenir un champion et c’est ce que l’on essaie d’inculquer ici… »

2/ Entraîner avec une certaine idée de la vie

Toujours multiples, souvent variées, les sources d’inspiration des managers s’avèrent parfois assez étonnantes aussi. La preuve, interroger Marc Dellenbach sur le contenu de son discours avec ses archers, c’est s’offrir en retour un come-back sur nos années « lycée », entendre à nouveau parler de philosophie antique, de Stoïciens, de Marc Aurèle… « Leurs conceptions de l’homme, de la vie, me rassurent, avoue l’intéressé. Dans cette société de l’immédiateté, à l’antipode pour moi du haut-niveau où l’abnégation et le temps sont essentiels, elle met un ancrage fort sur mon coaching au quotidien. » Pour améliorer la concentration de ses athlètes, il s’appuie sur trois de leurs principes de pensée. Un, l’instant présent : « Les Jeux Olympiques sont dans plus de mille jours mais l’important, c’est aujourd’hui ; je donne donc le meilleur de moi-même maintenant pour en retirer les fruits plus tard ». Deux, certaines choses ne dépendent pas de nous : « Il arrive que l’on tire une flèche et qu’un coup de vent vienne brusquement la dévier ; on ne peut rien n’y faire, inutile donc de s’en soucier et focalisons 100% de notre attention sur notre geste, notre attitude ». Trois, la volonté vs l’espérance :  « Vouloir, on est dans l’action, impliqué dans son projet ; espérer, on est dans l’attente, passif ».

Pour parfaire sa réflexion sur ce sujet, le coach était même allé à la rencontre du philosophe André Comte-Sponville. « La philosophie, m’a-t-il dit, c’est apprendre à mieux penser pour mieux vivre », ce que j’ai décliné en « mieux penser pour mieux tirer », sourit celui qui aime aussi à évoquer Nietzsche, adepte du fameux « L’idéal n’existe pas ». « Parce que si on est dans l’idéal, on est tout le temps dans la frustration et on n’arrive plus à s’exprimer, justifie Marc Dellenbach. Je répète souvent à mes archers : « Bien sûr, vous serez champion Olympique en ne faisant que des 10 aux JO ; mais vous ne serez jamais champion Olympique en ne faisant que des 10 (dans votre vie) ». Un mot revient d’ailleurs souvent dans les propos du manager : s’affranchir. « Oui, s’affranchir du contexte pour être dans une zone d’activation maximale, sans émotion positive ni négative, décrit l’ancien archer en prenant l’exemple du créneau que le conducteur aura toujours plus de mal à effectuer s’il accorde de l’importance au trafic qui l’entoure. S’affranchir aussi du résultat immédiat car l’important n’est pas la mauvaise flèche que j’ai tirée mais l’ensemble des flèches que j’aurai à négocier. » « Nous ne sommes pas des machines », rappelle-t-il.

3/ Mettre en place des procédures

Pour optimiser le potentiel mental de ses athlètes, et notamment leur concentration, Marc Dellenbach n’hésite pas non plus à s’entourer de compétences. Compétences techniques, avec des petits boitiers mesurant régulièrement les palpitations de ses athlètes – une fréquence cardiaque régulière favorise la stabilité émotionnelle et donc la stabilité physique. Compétences humaines surtout, en faisant par exemple appel à un psychologue pour aider l’archer à se connaître, à apprivoiser ses qualités, ses défauts. « Si vous n’acceptez pas votre caractère et les travers qui vont avec, vous n’êtes pas capable d’être lucide, justifie l’entraîneur de l’Équipe de France de tir à l’arc. Face à la difficulté, vous allez vous mentir, vous raconter des histoires, et passer à côté de la compétition. C’est celui qui se connaît le mieux qui va gagner. » Celui, en clair, qui va accepter en situation de stress d’être momentanément dépassé, puis tout de suite chercher une stratégie pour malgré tout rester efficace. Une stratégie souvent définie à l’entraînement, en concertation avec un sophrologue, où le sportif met en place une « routine comportementale » pour mieux gérer son attention. « À l’instar de tous ces métiers (pompiers, forces de l’ordre…) où, face à un risque, on applique une procédure d’urgence, le coach doit rappeler à son athlète le protocole à suivre dans un moment de stress : une respiration à déclencher, un mot-clé ou un dialogue interne à se répéter, une image à se remémorer… Autant de points d’ancrages essentiels mais qui dépendent de nous », insiste Marc Dellenbach, opposé à ces gris-gris qui, le jour où ils sont oubliés à la maison, font des athlètes des hommes « perdus » (sic). Des hommes qui doivent maîtriser l’immense paradoxe du tir à l’arc : à savoir, être très concentré, très appliqué, très minutieux, tout en favorisant un certain laisser-faire pour que le geste soit le plus naturel possible. « Cela nécessite beaucoup de répétitions en amont pour aboutir à un geste automatisé et ne pas laisser certaines pensées interférer dans le tir qui provoqueraient des erreurs en cible. » Pour bonifier cette concentration, la référence multi-titrée en tir à l’arc, Sébastien Flute apporte aussi sa pierre à l’édifice de Marc Dellenbach en jouant le rôle « de grand-frère, d’écoute » et en confortant les archers dans tout le travail réalisé en amont. « Entraîner, c’est un îlot d’autorité dans un océan de réassurance », poétise cet entraîneur persuadé que « plus on va solliciter l’esprit, plus le corps va suivre…Donc l’idée est de solliciter l’esprit de manière positive. »

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