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Gymnastique

Concilier morale et performance

Véronique Legras-Snoeck
Coach de gymnastique
"C’est parce qu’elles seront épanouies que les filles réussiront à briller. Pas l’inverse ! Le développement personnel fait partie de la performance…"

Respecter son athlète pour motiver sa performance

Ancienne gymnaste de niveau régional, Véronique Legras-Snoeck n’a jamais oublié les brimades, vexations et cris entendus sur les tapis de sol ou les poutres quand elle était enfant ou adolescente… C’était il y a pourtant plus de 30 ans mais cette gym « à la limite du harcèlement », « presque folle », l’a marquée au fer rouge. « Je ne peux et ne veux plus voir ça ! », lâche cette femme qui a donc accepté, à l’automne 2013, de prendre les commandes de l’Équipe de France féminine de gymnastique artistique pour « changer » la façon d’enseigner son sport. « Il m’apparaît totalement inconcevable de faire de la gym en gueulant (sic) sur l’athlète, en lui tirant la jambe jusqu’aux pleurs pour l’assouplir, martèle Véronique. Ce n’est pas avec ce genre de management qu’on se place dans un état de réussite. » En salle, lorsqu’elle supervise les séances d’entraînement, son souci répond d’ailleurs davantage à un réflexe de manager qu’à celui d’une technicienne : « très souvent, je sonde l’état présent de ma gymnaste, lui demande « et là, comment tu te sens ? » ; c’est essentiel à mes yeux… » Des yeux qui ne veulent par exemple plus voir, comme à son époque, « des jeunes filles à la queue leu leu pour monter sur la balance, avec le tableau des pesées ostensiblement affiché, puis, au moment des repas, ces tables à nappes « vichy rouge » réservées à celles devant perdre des kilos. « L’humiliation, c’est terminé ! », balaie-t-elle vigoureusement. En rappelant, au passage, que les mots utilisés par l’entraîneur ont évidemment un sens aussi. « On peut élever le ton avec son athlète, lui dire même à un moment « c’est de la merde (sic) ce que tu me fais aujourd’hui »… En revanche, « tu es une merde » ou « tu es bête, tu ne comprends rien », ça, c’est interdit ! » La grande fierté de Véronique Legras-Snoeck, et elle la souligne régulièrement, est de voir aujourd’hui des filles qui, passées la vingtaine, souhaitent encore prolonger l’aventure du haut-niveau. « Cela faisait longtemps que ce n’était plus le cas… »

Le responsabiliser, même s’il n’est qu’adolescent…

Si l’Équipe de France de gymnastique a, certes, pu épingler des médailles dans le passé, avec d’autres méthodes, plus dures, sans droit à la parole accordé aux athlètes, Véronique Legras-Snoeck se dit convaincue de l’échec d’une telle politique sportive aujourd’hui.  « Culturellement, la société a changé : vous ne faites plus faire n’importe quoi à des enfants s’ils ne sont pas consentants. » Sa volonté, en somme : « permettre à ces jeunes gymnastes de devenir actrices de leur projet, qu’elles en prennent pleinement possession ». Une implication totale lorsqu’on découvre que « ses » filles sont même allées jusqu’à dessiner leur juste-au-corps ! En début de saison, les entretiens collectifs sont désormais doublés d’entretiens individuels entre les entraîneurs et l’athlète afin d’établir un cadre que Véronique aime à qualifier de partagé. « Des échanges qui, auparavant, n’existaient pas : on se moquait alors de savoir ce que les gymnastes voulaient faire, l’important était la médaille, se désole encore cette femme, également maman. Bien sûr, l’envie d’aller décrocher des récompenses reste toujours forte, mais ce doit être des médailles pour la gymnaste, pas pour l’entraîneur, seulement là pour aider son athlète à réaliser son objectif. » Là pour guider, recadrer aussi, comme lorsque quelques jours après l’arrivée à Pékin pour les JO, dans un village olympique garni de buffets alléchants, la coach voit la silhouette de ses filles s’arrondir dangereusement. « Chacune avait entre un et deux kilos de trop, ce n’était pas possible et je leur ai dit: « On est aux JO, les filles ! On a ramé (sic) comme des cinglés pour être là ! » Elles ont alors mangé sous sa surveillance – « tout ce que je voulais éviter » –, mais la sanction fut assez bien comprise car elles savaient qu’elles étaient sorties du fameux cadre partagé. « Notre monde n’est pas celui des Bisounours, on est parfois « borderline »… Mais je tiens à ce que l’on soit logique et juste. »

Le protéger, mentalement comme physiquement

Sport à maturité précoce, la gymnastique de haut-niveau a cette particularité d’attendre le meilleur d’athlètes qui ne sont encore que des adolescents. Avec leur fragilité du moment, leurs troubles…bref, leur recherche d’équilibre ; et pas seulement sur une poutre ou des barres parallèles. Fortement appuyée par la volonté de son état-major – sans doute parce que la Directrice Technique Nationale avait été mère d’une gymnaste de haut-niveau s’entraînant à Saint-Étienne pendant qu’elle travaillait à Paris – , Véronique Legras-Snoeck tient donc à préserver au maximum ses filles de l’éloignement parental. Avec la création de pôles d’excellence ailleurs qu’à Paris : à Marseille et à Saint-Étienne. Avec, encore, la mise en place du Parcours d’excellence sportive (PES) permettant de détecter l’athlète dans son club, de l’aider – avec son entraîneur – à atteindre un projet, mais sans le sortir de son environnement. « À cet âge, c’est compliqué de vivre sereinement un entraînement difficile sans les piliers familiaux autour de soi », insiste Véronique. Bien sûr, cette présence n’est pas toujours possible. Surtout, et à l’instar de l’entraîneur, aussi bienveillant soit-il, elle ne peut répondre à tous les besoins, les manques de l’adolescent. La Fédération Française de Gymnastique a donc innové et créé la Mission d’accompagnement à la performance (MAP), composée de personnes avec qui « les filles peuvent se confier, sur la gestion en compétitions de leurs émotions par exemple, et avec un suivi ». « Une cellule complémentaire avec les psychologues de l’INSEP », ajoute l’entraîneur national. D’autres « plans » sont mis en place, avec l’aide de diététiciens – « comme avec cette fille « en souffrance » à cause de ses problèmes de poids et venue demander de l’aide » – , avec celui de préparateurs physiques pour « individualiser davantage les charges de travail » et « respecter l’intégrité physique de l’athlète ». Après, si la fille arrive malgré tout à saturation, elle peut, se réjouit Véronique, « aller voir son entraîneur pour lui confier son envie d’arrêter…et être comprise ! De toute façon, talent ou pas, on ne peut pas aller au bout d’un projet si l’athlète n’en veut plus. »

 

Retrouvez le parcours de l’Équipe de France de gymnastique artistique féminine aux derniers Championnats d’Europe.

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