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Aviron

Jérôme Déchamp – Créer de la cohésion

Jérôme Déchamp
Coach d'aviron
Créer de la cohésion
"Mettre tout le monde en concurrence une grosse partie de l’année, puis réussir à créer une symbiose entre tous pour que le collectif ait du talent…voilà le challenge qu’il faut relever en aviron !"

Un : sélectionner les meilleurs

D’emblée, la méthode peut s’avérer surprenante, notamment dans un sport qui exige une cohésion parfaite entre les hommes. Elle peut même être discutée par des entraîneurs d’autres sports collectifs, comme ceux du football, lesquels rappellent souvent que leur rôle ne consiste pas à aligner les onze meilleurs joueurs de l’effectif, mais la meilleure équipe. Seulement dans son domaine, Jérôme Déchamp n’en démord pas. « Vouloir rentrer trop tôt dans des exercices collectifs pourrait être une erreur car la priorité reste la performance individuelle ; c’est l’élévation de celle-ci qui permettra en course de faire la différence », insiste-t-il. Alors pendant l’hiver, et toujours avec ce souci de préserver un climat serein – « ne jamais oublier qu’on sera un groupe plus tard, le concurrent ne peut pas être un ennemi ! » – le chef de l’Équipe de France d’aviron impose à ses athlètes un travail personnel, sur des bateaux individuels mais suivant un programme de travail commun. « Parce que même s’il n’est pas exclu que l’entraîneur monte un deuxième bateau selon ses sensations, on privilégie la performance individuelle et, la sélection étant drastique, il est important d’un point de vue moral que tout le monde parte sur un pied d’égalité » précise notre coach. « Mais attention, poursuit Déchamp, dans ce cadre commun, chaque séance a une visée physiologique particulière pour chaque athlète, avec notamment des « zones cibles » de fréquence cardiaque déterminées au fil des séances. » Musculation, exercices sur ergomètre, course à pied… Tout un travail suivi via un carnet électronique rempli par l’athlète et, ensuite, évalué. Bien sûr, étant tous éparpillés dans différents pôles (PF Lyon, PF Nancy, PF Nantes, PF Toulouse et des Pôles espoir Vichy, etc.), placer ces rameurs dans le même fonctionnement tout en individualisant leur travail exige « beaucoup de communication avec les intéressés, les clubs », « beaucoup d’énergie » parce que les séances peuvent apparaître parfois redondantes, les tentations de faire autre chose, nombreuses… « mais notre force de frappe est là ! », revendique le manager. Lequel rappelle qu’en finale d’une grande compétition, tous les équipages sont parfaitement entraînés, tous disposent d’un matériel de pointe et que la victoire, très souvent, dépend de la réussite individuelle.

Deux : créer une harmonie collective

L’hiver touche à sa fin, avec ses conditions d’entraînements parfois tourmentées ; les beaux jours arrivent, avec les premières compétitions en perspective…et les individualités qui, jusqu’ici, luttaient à distance les unes contre les autres ne doivent aujourd’hui plus faire qu’un ! Un défi, naturellement, après avoir opposé ces compétiteurs, aux égos prononcés, mais une impérative nécessité. « Pour que le bateau aille vite, pour qu’il porte l’estocade, tout le monde doit être à son service, en même temps, confirme Déchamp. On profite de nos stages nationaux pour le rappeler ». 160 jours par an de vie en groupe qui lui permettent aussi de mesurer l’esprit collectif de chacun, son degré de solidarité. Même chez ceux placés en réserve, l’ambiance de travail doit être « saine ». « En aviron, on dit souvent que le bateau va à la vitesse du rameur le moins performant, justifie le manager. Par conséquent, la seule façon de faire glisser plus rapidement notre  « 4 sans barreur » reste que les trois autres aident celui qui est en difficulté. » Déchamp évoque également cette confiance qui doit sans cesse habiter le bateau, « parce qu’avec la fatigue, on va rarement plus vite au fil des mètres ; au contraire, on perd en justesse technique »… mais sait combien les évènements d’une course peuvent venir mettre à mal cette harmonie de groupe. « D’où l’importance d’une hiérarchie bien établie, garante de la santé collective, appuie l’entraîneur qui confie le leadership du bateau au rameur le plus expérimenté, sans oublier les responsabilités du chef de nage (à l’arrière du bateau) – « qui doit pouvoir être concentré sur son propre bateau mais aussi être attentif à la progression des autres bateaux ». « Certaines places du bateau demandant des compétences spécifiques, c’est là que le jugement du technicien ne doit pas faillir, prévient notre témoin. D’autant qu’en mettant en place une organisation, l’athlète va comprendre quel est vraiment son rôle, ce qu’il peut apporter au projet. » Le bien-être mais avec toujours derrière cette idée, l’ambition de progresser… « On vise, reconnaît le manager national, à ce que les compétences de chacun se révèlent aux yeux du groupe afin que celui-ci finisse par se les approprier ». Et ainsi performer.

Et trois : responsabiliser sa troupe

Contrairement à l’immense majorité de ses homologues des autres sports collectifs, Jérôme Déchamp se retrouve condamné au rôle de simple spectateur une fois l’épreuve lancée. « Et même une demi-heure plus tôt, lorsque le bateau part sur l’eau se préparer et se mettre en place, souligne le coach. Là, je ne peux plus intervenir ». Alors en amont, il demande à ses hommes de se prendre en main. Collectivement. « Le groupe vit par lui-même, s’organise, et les choses finissent par s’installer naturellement. Mais il est bien sûr nécessaire de créer des temps de communication pour échanger, créer ce partage de compétences ». Régler parfois aussi des différends, inévitables, notamment au début de la collaboration. Ce matin de juin par exemple, où nous étions venus rencontrer notre coach, Franck Solforosi rappelait à Guillaume Raineau au sortir de l’entraînement, l’importance de parler et communiquer avec le bateau. À l’écart, Déchamp, lequel se définit d’ailleurs comme « l’œil externe du bateau » observe la scène, puis réunit les deux hommes. Avec leurs deux autres partenaires. Histoire que tout le monde exprime son ressenti, que tout le monde comprenne l’autre… Histoire aussi que le coach « oriente le débat, en rappelant la ligne directrice, cet objectif dans lequel tous se sont retrouvés et vers lequel ils ont souhaité avancer, et ensemble ! » Ce matin-là, aucune remise en cause personnelle, aucune éventuelle recherche du coupable… « L’abnégation au service du collectif », martèle simplement à plusieurs reprises Déchamp. Il n’arrêtera pas non plus de décision finale en renvoyant la troupe aux étirements. « C’est à eux de régler le truc ! En course, les athlètes sont livrés à eux-mêmes, la performance finale leur appartient, c’est donc leur affaire », justifie-t-il. Le coach est d’autant plus convaincu de sa stratégie de management qu’il sait ses hommes armés pour le défi. Et ça, les intéressés le savent aussi. Parce que cet entraîneur se refuse « à envoyer ses mecs au charbon s’ils ne sont pas prêts ». « Eviter de se mentir à soi et aux athlètes est la base de tout, assure Déchamp. Si l’objectif est réalisable, ambitieux évidemment mais, j’insiste, réalisable, le groupe est en marche. »

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