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Voile

Gérer la mixité dans une équipe

Franck Citeau
Coach de voile
Franck Citeau nous explique que "la nouvelle génération est beaucoup plus ouverte au monde que la nôtre. Pour les hommes, aujourd’hui, la société mixte n’est pas un problème, ils sont sensibles aux qualités que peuvent leur apporter les femmes."

Sportivement, rien ne change vraiment…

À Rio cet été, et pour la première fois dans l’histoire des Jeux Olympiques, la voile présentera une épreuve mixte. Comme toute nouveauté, évidemment, l’affaire aiguise les curiosités, et soulève aussi des questions, notamment en termes de management… Mais Franck Citeau, l’entraîneur du multicoque français engagé au Brésil – le Nacra 17 –, assure que l’équipage Homme/Femme n’a pas révolutionné son coaching. « D’entrée, j’ai voulu dépasser ce carcan de la mixité car on allait y perdre notre âme ; et, à terme s’y perdre forcément », avance celui qui a choisi de rester fidèle à ses principes de base. À ses yeux, de toute façon, la clé de la réussite d’un duo ne réside pas dans son taux de testostérone, plus dans sa complémentarité. « Comme dans tous les métiers ! Garçons, filles, tout le monde se vaut ; à l’heure de la sélection, c’est la relation humaine sur le bateau qui prédomine », détaille le technicien qui a, par exemple, installé à la barre du Nacra 17 Billy Besson, « un sensitif, un talent pur », et confié la stratégie de course à Marie Riou, « une patronne, un roc sur lequel on peut s’appuyer ». « On se rend compte d’une vraie complémentarité naturelle entre hommes et femmes. Remarquez, sourit Franck, il faut regarder l’histoire : à l’origine, l’homme et la femme se sont bien associés dans un projet commun pour survivre ! » Binôme mixte ou pas, la même attention est portée pour constituer un attelage « compatible », capable de performer… et de se supporter ! « On vit tout de même plus de 250 jours par an aux quatre coins de la planète ». Même exigence, aussi, pour le hisser vers la plus haute performance. « Là non plus, je ne fais pas cas de la féminité », promet notre coach. Avis à tempérer : sur un multicoque hyper sollicitant physiquement, les séances sur l’eau ne durent plus quatre ou cinq heures, mais environ trois heures. Seulement Franck évoque surtout ici l’intensité mise par « ses » femmes dans le travail. « Ce sont des tout-terrain ! Le rythme qu’elles sont capables de mettre dans leur effort, c’est impressionnant… On parle souvent de l’engagement masculin mais à ce niveau, je vous assure qu’il y a une vraie mixité ! » Une mixité qui aiderait les hommes à être « plus apaisés » et les femmes « plus pragmatiques », nous apprend-t-il au passage…

Dans la communication, en revanche…

C’est dans le rapport au quotidien avec cette mixité que Franck Citeau reconnaît avoir dû s’adapter, avouant même avoir mis une année à bien comprendre comment une femme communiquait, et comment communiquer avec elle aussi. Il parle d’ailleurs d’un « équilibre à trouver ». Alors bien sûr, certains réglages se sont faits automatiquement. « On ne parle pas de la même manière à un homme qu’à une femme », sourit-il. Bannis, par exemple, les gros mots. Oubliées, également, les causeries axées sur une communication agressive, sur « le fight ». « On ne peut pas miser sur un vocabulaire guerrier avec les filles, il faut aller beaucoup plus loin dans l’échange : leur dire ce qu’elles vont aller chercher, les prévenir des passages où elles vont être en réussite, des moments où elles vont être en échec et leur glisser alors des solutions pour les surmonter… Les filles sont plus scolaires, moins basiques, elles ne se jettent pas les yeux fermés dans la bagarre. » Et aiment, à la sortie du bateau, qu’on n’oublie pas de souligner leur performance technique, physique ou stratégique. « Avec elles, on est beaucoup dans la valorisation de l’acte », confirme notre chef d’équipe qui avoue soigner beaucoup plus ses discours d’avant-régate désormais, afin de trouver le mot qui fera sens – et le même sens ! – pour son athlète féminin, son athlète masculin et lui-même. Un coach qui, au passage, a découvert la puissance du « non » chez la femme. Un « non », dans le milieu des hommes, qui veut dire « non, mais… » ou « non, peut-être… », quand il exprime chez la femme « une vraie saturation ».  « D’ailleurs, précise ce coach qui a sondé le milieu du patinage artistique pour mieux appréhender la mixité, l’une de mes préoccupations majeures est de ne jamais arriver à ce « non », car il est ensuite très compliqué de revenir en arrière… ». Beaucoup moins dangereux, en revanche, pour la santé sportive du binôme – il n’empêche que ce type de communication l’a longtemps désarmé – : les pleurs ! « Je vais passer pour un gros sexiste et j’ai horreur de ça, mais je ne comprenais pas qu’on puisse se mettre dans des états pareils pour une broutille. Pleurer, pour moi, c’est lorsqu’on est au fond du seau ! » Alors l’ancien coureur a demandé à ses athlètes femmes de lui expliquer, a même interrogé sa femme et sa fille sur le sujet, et finalement réalisé que la larme permettait « de vider son sac » et qu’une fois qu’elle glissait sur la joue, « le problème était alors à moitié résolu ». « La femme est un homme abouti », conclut aujourd’hui Franck Citeau, qui assure s’être « construit » à leur contact. « Humainement, je leur dis merci. »

Pas de place au romantisme !

Un homme, une femme, ensemble et loin de chez eux les deux tiers de l’année… Quasi naturellement, la mixité dans le milieu de la voile soulève la problématique du rapport amoureux au sein d’un bateau. Cet « écueil » qu’il redoutait, Franck Citeau a voulu à tout prix le chasser. Déjà, en clarifiant les choses dès sa prise de fonction. « En plus ou moins petit comité, j’ai évoqué ces possibles relations que je souhaitais éviter et je leur ai ouvertement posé cette question : « qu’est-ce que vous êtes venus chercher ici ? Une médaille olympique ? Alors on va s’y employer et travailler dans ce sens-là ! Pour le reste, il y a des sites de rencontres… » Initiative plus originale, Franck Citeau a également convié leurs conjoints sur des stages, sur des régates. « De l’extérieur, cela paraît chouette la voile, et ça l’est ! Mais derrière le bronzage et les voyages aux quatre coins de la planète, il y a du travail, de l’implication, du stress, du professionnalisme… je voulais qu’ils connaissent l’intérieur du décor, qu’ils rencontrent l’équipier ou équipière de leur conjoint… Il était impératif que j’aie leur adhésion. Au final, c’est une grande famille qui s’est élargie ! » Globalement, ce sujet classé « sensible » n’aura du reste guère provoqué de maux de tête chez le patron du Nacra 17, confronté à des athlètes centrés sur un objectif sportif et donc « désexualisés » (sic) mais en plus déjà trentenaires, installés dans leur vie privée et par conséquent « avec une autre maturité ». Bien sûr, il ne dément pas certains rapprochements. « Lorsque vous vivez en équipe, les uns avec les autres, c’est inévitable. Il a fallu en discuter car c’est toujours problématique et généralement, cela finit dans le mur (sic)… Attention, je ne m’immiscerai jamais dans la vie privée de mes athlètes mais, filles ou garçons, je voulais qu’ils se rendent bien compte de ce que l’on vivait. » Franck Citeau sourit aussi en se remémorant certaines tranches de vie cocasses, « comme lorsqu’on se change dans les camions ou qu’il y a des erreurs dans la répartition des chambres à l’hôtel. Mais avec l’expérience, on finit par ne plus se tromper », garantit l’intéressé.

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