Afin de mieux vous servir et d’améliorer l’expérience utilisateur sur notre site, nous mesurons son audience grâce à des solutions utilisant la technologie des cookies. Les données collectées permettent de fournir uniquement des données statistiques anonymes de fréquentation. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de ces cookies. Si vous souhaitez en savoir plus ou refuser les cookies et les paramétrer, cliquez ici.

X
Escrime

Reconstruire après la crise

Hugues Obry
Coach d'escrime
L’escrime française a retrouvé une place sur les podiums à Rio. La plus haute avec l’or pour l’épreuve de l’épée par équipes. Un aboutissement pour Hugues Obry qui s’était fixé pour objectif de rebondir au lendemain du zéro pointé à Londres.

Repartir – presque – d’une feuille blanche

Londres 2012 : l’humiliation, la honte, le KO… L’escrime française, habituelle pourvoyeuse de médailles, a quitté les JO accréditée d’un retentissant zéro pointé et, à la rentrée de septembre, Hugues Obry récupère des épéistes tricolores en plein mal-être. Pour ses débuts au poste d’entraîneur national principal, l’ancien Champion du Monde doit déjà combattre. Combattre la morosité, les doutes. Activer, surtout, les ressorts pour rebondir. « On aurait fait une erreur en transmettant au groupe l’idée de repartir de zéro ; mais, comme il y avait eu échec, on ne pouvait pas non plus aller dans la continuité… Je n’ai donc pas tout rasé, j’ai agi autrement. Avec ma personnalité. » À l’instar de ce discours offensif qui, en martelant une forte ambition – « je vise deux médailles d’or dont une, en concours individuel, car on en est privé depuis 2003 ! » – réinjecte de la confiance chez des athlètes qui ont alors perdu toute estime en eux. Des mots, mais très vite de l’action aussi. Les vacances sont d’ailleurs écourtées car on ne peut pas se permettre d’attendre, prévient Obry. Ce groupe, il le veut doté d’individualités fortes. Pour ce faire, il n’hésite pas à casser certains codes passés, en ouvrant par exemple son collectif à d’autres épéistes que ceux de l’INSEP, comme le Franco-cubain du club de Nîmes, Yvan Trevejo. « Montrer qu’être à l’INSEP ne garantissait pas une place aux Championnats du Monde allait dans un esprit et une recherche de performance », justifie le coach. D’un point de vue plus technique, il replace aussi, dans ses séances de travail, l’escrime au centre du projet. Et s’en explique : « Le cœur de notre sport, c’est l’assaut. Je tenais donc à ce que, même à l’entraînement, il y ait un engagement total, que les gars ressentent les coups de l’adversaire… Aujourd’hui, on entend vraiment ces glissements de semelle qui témoignent de l’intensité des combats. Bien sûr, j’ai joué sur la fibre « on va leur montrer que Londres n’était qu’un accident et qu’on est capable de rebondir », mais parce que j’y croyais. » Ses athlètes se sont aussi pleinement engagés. « La clé, souligne à ce sujet Hugues Obry, c’est la sincérité de tous au départ ».

Réinjecter du lien dans le collectif

Dès sa prise de fonction, Hugues Obry a annoncé vouloir rechercher l’épanouissement personnel de ses athlètes. Mais l’homme garde en lui une conviction : « pour être fort individuellement, il faut être fort en groupe. Ensemble. » Dans son projet, dont la réussite nécessite – il le reconnaît – l’adhésion de tous, celui qui est aussi directeur technique au club de Levallois mise donc énormément sur cette notion de collectif, hélas un peu déstructurée par le passé selon lui. En plus de s’appuyer à l’entraînement sur deux leaders, un technique (Gauthier Grumier, actuel numéro 1 mondial), et un autre (Ulrich Robeiri, désormais retraité des pistes) « pour porter (s)a voix au sein du groupe et mieux faire passer certains messages parfois », il profite d’un collectif plus ouvert pour offrir à ses athlètes une variété d’oppositions à l’entraînement. « Un groupe hétérogène en terme de caractéristiques d’escrime permet au n°6 mondial de corriger des détails qui l’amèneront peut-être à la deuxième place, sourit Obry. Et puis, plus tu travailles avec le groupe, plus il y a de l’émulation, plus tu as envie également d’aller aider le partenaire qui est dans le dur. » Une solidarité collective qu’il peaufine au travers de matchs de foot pour diversifier le travail ! Tellement capitale à ses yeux pour un futur succès sportif, Hugues Obry va même jusqu’à provoquer des prolongements à cette vie de groupe bien au-delà de la sphère gymnase. « Boire un coup ensemble après la douche, partager un repas, ce sont des moments qui comptent et doivent exister. Je veux des athlètes qui ne se fassent pas la gueule à l’entraînement ! Et puis, tu parles de la séance, mais aussi de ta semaine, de tes problèmes à la maison… J’ai besoin de savoir comment vont mes athlètes pour bien bosser avec eux. » L’ancien épéiste s’est même rapproché des petites amies de ses hommes pour mieux connaître encore leur ressenti ! « Quand on s’autorise ce genre de choses, il faut bien sûr le faire de manière respectable », précise-t-il, avant de justifier sa démarche. « Si je lui rentre dedans alors qu’il traverse des moments compliqués en privé, mon athlète ne va pas répondre à mes attentes, moi je ne vais pas comprendre… et ça va devenir encore plus dur pour lui. »

Réapprendre le dépassement de soi

Vous me direz, ils étaient prévenus ! Lorsqu’après le naufrage londonien, Hugues Obry affiche ses ambitions d’or olympique aux épéistes tricolores, il leur annonce aussi clairement la couleur. « Jusqu’ici, on ne s’entraîne pas assez ; là, on va travailler très très dur. Alors vous allez être énervés, je vais, moi aussi, être énervé ; parfois, on va se « fritter » (sic)… Mais le challenge est à ce prix. » L’objectif du coach apparaît limpide : construire un groupe de costauds où les plus faibles, qui ne supportent plus les charges de travail, finissent par s’éliminer d’eux-mêmes. Au fil des entraînements à haute intensité, la stratégie fonctionne : certains jettent l’éponge, les autres continuent de finir les séances « les jambes sciées », sans l’envie d’ajouter un nouveau match à leur programme, plutôt tentés par une demi-heure de massage ou de balnéo… C’est simple : Hugues Obry avoue vouloir voir des hommes « fatigués quand ils rentrent chez eux, mais fiers ».
Des hommes qu’il veut aussi voir puiser au plus profond de leurs ressources mentales. Il envisage pour cela des expéditions en Russie, en Ukraine, dans des pays asiatiques, imagine des entraînements en situation de non-connnaissance du milieu, loin de chez eux, histoire de rompre avec les habitudes…Mais aucune de ces fédérations n’accepte, guère décidée semble-t-il à aider à la guérison du grand malade français. Hugues Obry n’abandonne évidemment pas l’affaire. Et innove. Au programme : du karting pour entretenir l’esprit de compétition, du paint-ball « mais avec beaucoup d’engagement et de bleus sur les cuisses à la fin » pour aiguiser l’instinct guerrier et même un saut à l’élastique d’un pont de 70 mètres pour surmonter les peurs. Son groupe participe aussi à un stage commando avec les militaires de Fontainebleau pour une plongée de deux jours et demi dans un climat de stress intense, avec privation de sommeil ! « Des athlètes m’ont vraiment impressionné, en repoussant leurs limites jusqu’à aller au bout d’eux-mêmes… On a vu de tout, vraiment, et ça les a rendus plus forts ! À un moment, et c’est pourtant indispensable dans un sport de combat, on ne faisait plus peur à l’adversaire », souligne Hugues Obry. Avec un statut retrouvé de n°1 mondial après des titres de Champion du Monde 2014 et de Champion d’Europe 2016, en individuel comme en équipe, la donne a visiblement changé…

S’abonner à la newsletter