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Triathlon

Mes 5 clés pour faire grandir les jeunes talents

Stéphanie Deanaz
Coach de triathlon
Stéphanie Deanaz, Triathlon - Mes 5 clés pour faire grandir les jeunes talents
« Le haut niveau, c’est tout sauf du hasard : ce sont des sacrifices, beaucoup d’engagement… Ce n’est évidemment pas une existence normale, mais c’est aussi la chance de vivre quelque chose d’extraordinaire ! Bien sûr, cette chance a un prix… À l’athlète de voir ce qu’il a envie de faire. »

Inutile d’échanger des heures avec Stéphanie Deanaz pour comprendre qu’avec elle, l’individualisation du travail reste au cœur de son métier : vous lui parlez de « groupe », l’intéressée vous répond « athlète ». Toujours. La raison ? L’ancienne championne refuse d’imaginer un seul chemin pour amener ses jeunes talents vers l’autonomie, l’objectif fort de sa mission. À ses yeux, donc, un sportif est unique : avec sa personnalité, ses aptitudes, ses fragilités aussi, son rythme d’évolution et, bien sûr, son projet. Mais il faut aussi les protéger. Les premiers mois de collaboration entre elle et chacun de ses athlètes s’avèrent décisifs. « Au quotidien, il faut l’observer, échanger, apprendre à le connaître, apprendre à SE connaître, détaille Stéphanie. On est tous différents, on ne vit pas tous les choses de la même manière ; l’entraîneur doit respecter ça ». La patience pour favoriser bientôt la performance…

1- Les aider à devenir adulte

Lorsque les athlètes arrivent dans notre structure, je trouve précipité de fixer d’emblée nos attentes en termes de résultats. Tellement de choses changent pour eux, déjà : ils ont 18 ans, débarquent dans une nouvelle ville, découvrent la fac, la vie en appartement, seul… S’il y a des objectifs, il y a de la pression ; or c’est compliqué d’organiser son existence dans la pression ! Je trouve plus judicieux de leur accorder un peu temps, de les accompagner surtout : on les conseille par exemple en terme de nutrition, on les sensibilise sur l’importance du sommeil, on leur suggère aussi de diminuer leur temps d’écran le soir. Bien sûr, c’est un rythme atypique pour un jeune, une vie d’ascète, difficile à respecter parfois car socialement, ça les isole. Mais une fois que le projet sportif prend forme, que l’athlète le porte, qu’il en est réellement acteur, on n’a plus besoin de « se battre » (sic)…

2- Les sensibiliser aux dangers des réseaux sociaux

Un vrai sujet. Une préoccupation aussi. Non seulement les réseaux sociaux sont omniprésents dans notre métier, mais ils sont également devenus –et c’est terrible- essentiels car, vis-à-vis de leurs sponsors, les athlètes se doivent de faire « vivre » leur compte via des messages réguliers, des photos, des vidéos… Certains sont même évalués sur leur nombre de followers, la pertinence de leur communication ! Bon, il y a parfois, aussi, la recherche d’une forme de reconnaissance : c’est rassurant de se savoir aimé… Mais certains commentaires moins bienveillants peuvent s’avérer destructeurs. Je mets donc souvent en garde, conseille de « débrancher » avant les courses. Surtout que le téléphone, en plus, coupe des échanges avec l’équipe, « on est là…sans l’être vraiment ». Or moi, je combats le « Ici, et maintenant ! » car en course, il faut être réactif sur le moment présent.

3- Ne pas se substituer aux parents

Naturellement, vu l’âge de mes athlètes, mon management est amené parfois à dépasser le cadre sportif. Elles savent d’ailleurs qu’elles peuvent me joindre à tout moment, je serai toujours présente en cas de problème. Mais je ne suis pas, non plus, leur mère ou leur père. Absolument pas ! D’autant que le rôle des parents apparaît primordial, notamment pour ramener sur terre leur enfant quand ce dernier s’enflamme après de bons résultats… Le cocon familial apporte souvent de la stabilité à l’athlète. D’ailleurs, j’aime assez les parents un peu « déconnectés » de notre milieu ; qu’à leurs yeux, ce soit « OK, c’est bien le triathlon, mais il n’y a pas que ça dans la vie »… Les athlètes aiment, de toute façon que les parents restent parents, qu’ils ne jouent pas à l’entraîneur. Entre parents et coachs en fait, tout doit être bien imbriqué… mais chacun restant à sa place !

4- Casser les croyances

Un de mes plus gros combats sans doute : faire tomber ces barrières mentales que se mettent inconsciemment mes athlètes et qui les empêchent de franchir un cap. Un travail qui demande de la patience parce qu’à cet âge-là (18-19 ans), le sportif ne se connaît pas forcément très bien et, par manque de confiance souvent, s’enferme dans certaines croyances, fausses bien sûr, pour justifier, par exemple, un mauvais résultat. Il faut alors l’amener à changer son regard sur lui-même, lui faire accepter ses forces comme ses faiblesses, mais toujours en donnant du sens à cette démarche. S’il n’y en a pas, l’athlète peut ressentir une sorte d’affront ; s’il y en a en revanche, il réalise qu’en surmontant ce blocage, il pourra alors grandir. Mon crédo : s’accepter, ne pas vouloir ressembler à l’autre, se comparer aux autres… En sortant de sa personnalité, on sort de son fonctionnement.

5- Entretenir l’humilité

Une course se passe rarement comme on l’a imaginée et d’ailleurs, entre les risques de crevaison, de chutes, on n’essaie même pas de l’imaginer, cela ne sert à rien. Raison pour laquelle on ne peut pas laisser un athlète croire qu’il va tout dominer, que c’est gagné… Ce n’est jamais gagné ! J’insiste, il ne faut jamais rabaisser nos adversaires : elles aussi travaillent, ont du potentiel et cherchent à progresser. Avoir confiance est une qualité ; manquer d’humilité, un danger. À l’entraînement, on peut facilement corriger cet excès d’assurance (sourire) : créer des situations où l’athlète va devoir s’employer dans le stress parce qu’une de ses partenaires « pousse » fort à côté d’elle, dans la souffrance parce qu’on a provoqué un état de fatigue. Mentalement, c’est toujours plus dur d’accepter la douleur qu’impose l’autre, plus dur de ne pas renoncer alors. Ça s’apprend !

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