Handball

Partie 1 : Comprendre que l’heure est venue

Claude Onesta
Coach de handball
Claude Onesta – “Partie 1 : Comprendre que l’heure est venue”
Aux manettes des Bleus depuis 15 ans, le coach Claude Onesta a toujours été davantage loué pour son sens du management que pour ses expertises sur le jeu. On ne devient pourtant pas multi-médaillé planétaire sans quelques connaissances tactiques ! Mais qu’il s’éloigne du banc de touche - pas du commandement - était comme une évidence à l'approche des Championnats du monde de handball 2017… Découvrez la première partie de ses conseils de coachs.

Quand décide-t-on de prendre du recul et de passer le témoin ?

Claude Onesta : C’est vrai qu’il faut que naisse cette envie de passation de pouvoir, déjà. Souvent, ce sont les évènements qui s’en chargent : avec le temps, votre degré de mobilisation évolue peu à peu, vos centres d’intérêt aussi… Depuis plusieurs mois, par exemple, je ressentais cette envie et ce besoin de m’éloigner du terrain. Les stratégies de jeu, son organisation, tout cela m’intéressait moins.

Une sorte de lassitude s’était installée ?

Claude Onesta : Je ne dirais pas cela. Simplement, au fil de ces quinze années à la tête de l’Équipe de France de handball, j’ai eu la chance de voir évoluer ce métier et je me suis aperçu que, tout en restant essentielle, la dimension « technique pure » n’était pas forcément l’élément déterminant. Bien sûr, il est impératif d’avoir cette maîtrise technique, stratégique, mais tous les aspects humains, sociologiques, qui font la vie d’une équipe, m’apparaissent de plus en plus essentiels. Aujourd’hui, je vois davantage en mes joueurs des hommes, je mesure davantage cette nécessité de les associer, de conserver une cohésion et un sens à cet ensemble. En fait, je deviens de plus en plus manager, de moins en moins entraîneur.

D’où cette décision de passer la main, mais sans disparaître, non plus, du paysage ?

Claude Onesta : Plutôt que de devenir un obstacle, il arrive un moment où vous sentez qu’il faut prendre du recul afin de libérer de l’espace à d’autres. Mais, et j’insiste, tout en s’efforçant de contrôler, de coordonner, pour éviter que la nouvelle organisation dérive… Voilà, je me concentre sur d’autres éléments comme les équilibres relationnels dans l’équipe, dans le staff, et j’essaie de les traiter afin d’aider le groupe à être moins impacté par d’éventuels facteurs humains pouvant fragiliser sa performance.

Pourquoi avoir choisi cette hiérarchie à deux têtes, avec un entraîneur et vous, comme manager ?

Claude Onesta : Attention, je n’avais ni vocation ni autorité pour choisir mon successeur. Je ne suis pas Roi de l’Équipe de France de handball. J’essaie juste d’organiser un système pour qu’il continue à être performant. Il faut savoir que les problématiques liées à l’encadrement d’une équipe nationale sont aujourd’hui bien plus complexes qu’elles ne l’étaient lors de ma prise de fonction, et ce pour des raisons essentiellement extérieures. Je pense à l’environnement médiatique qui s’est démultiplié avec énormément de micros, de caméras désormais ; l’environnement marketing aussi, avec des partenaires payant de plus en plus et donc, devenant naturellement plus exigeants ; et puis un entraînement ouvert au public peut facilement attirer entre 3 et 4000 personnes… Bref, autant de contraintes franchement dérisoires il y a quinze ans mais qu’il est essentiel de prendre en considération aujourd’hui pour préserver une tranquillité autour de l’équipe. Associer un manager général à des entraîneurs est devenue une logique très fonctionnelle et nécessaire. Et puis, on ne peut pas vouloir engager de transformation chez les joueurs, engager un renouvellement d’effectif quasi permanent, et imaginer que le staff va rester « stagnant » (sic) dans la durée.

Mais pourquoi avoir officialisé ce changement avant le Championnat du monde de handball 2017 ?

Claude Onesta : La période que l’on venait de passer nous disait simplement qu’il était temps de passer à l’étape suivante. Lors des Jeux Olympiques, on s’est parfois bousculé à certains endroits, on a alors sans doute perdu en efficacité… De toute façon, quand vous pensez que c’est l’heure, il faut le faire ! Voilà, aujourd’hui, je libère de l’espace. Il n’y a plus un seul individu qui dirige la manœuvre mais un couple, un binôme (Didier Dinart et Guillaume Gille, son adjoint), et moi, en prenant de la distance, je continue à coordonner l’ensemble pour maîtriser les secteurs que, eux, connaissent moins bien.

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