Handball

Partie 2 : Éviter la rupture au sein de l’équipe de France de handball

Claude Onesta
Coach de handball
Claude Onesta – “Partie 2 : Éviter la rupture au sein de l’équipe de France de handball”
À l’approche des Championnats du Monde de handball, découvrez la deuxième partie des conseils de coach de Claude Onesta. S’il a choisi de prendre ses distances vis-à-vis du terrain, moins intéressé au fil des ans par le jeu et sa tactique, Claude Onesta a toutefois continué de tenir la barre et de fixer le cap pour l’Équipe de France. Une "omnipotence" diversement appréciée, largement commentée… Une ligne directrice que l’intéressé justifie ici.

Votre succession ne s’est pas faite via un appel à candidatures. Pour quelles raisons avez-vous préféré former, au sein même de l’équipe de France de handball, l’ancien international, Guillaume Gille, pour assurer la relève ?

Claude Onesta : C’est vrai que l’idée, assez traditionnelle, veut qu’un sélectionneur s’en aille, qu’un autre arrive et que celui-ci mette en place sa propre équipe, son propre projet, et engage une nouvelle aventure. Le problème, c’est que ce temps de rupture qui existe entre la fin d’un modèle et le début d’un autre est souvent synonyme de temps de régression en terme de performance : la redistribution des cartes, la nouvelle philosophie, ne correspondent pas toujours au vécu des joueurs cadres, lesquels peuvent parfois s’éloigner du projet… Cet affaiblissement soudain du système a ce risque de produire des résultats en rétrogradation et donc d’être préjudiciable au bon fonctionnement de notre sport.

Mais après un temps d’adaptation, ce modèle dit « traditionnel » peut aussi permettre d’aller plus haut par la suite ?

Claude Onesta : Bien sûr. Mais l’idée, pour moi, n’est absolument pas de préserver le modèle – d’autant que, par principe, un modèle est un équilibre qui va bien à un moment donné et en fonction des personnes réunies – ma préoccupation est d’arriver à ce que cette passation de pouvoir se fasse sans rupture, sans crise… L’arrivée de quelqu’un ne se fait jamais de manière neutre.

Là, il n’y a pas eu de crise, mais quelques grincements de dents tout de même…

Claude Onesta : La vision traditionnelle est une vision qui, je crois, ne tient pas compte des réalités du terrain. On a l’impression, et notamment dans le monde médiatique, qu’être entraîneur et sélectionneur sont deux métiers équivalents ; pour avoir fait les deux, je suis capable de vous garantir que c’est faux. Vraiment, il est illusoire de penser qu’aller chercher le meilleur entraîneur vous permettra d’avoir le meilleur sélectionneur ! Attention, loin de moi d’imaginer que les entraîneurs de qualité du Championnat de France ne seraient pas de bons sélectionneurs… Simplement n’oublions jamais que le poste de sélectionneur est un poste d’entraîneur qui n’entraîne pas.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

Claude Onesta : Qu’un entraîneur a pris l’habitude de façonner son équipe au jour le jour, de la construire sur la durée, de prendre en compte et de maîtriser pratiquement l’ensemble de la performance ; alors que le sélectionneur, lui, n’a pas un vécu quotidien avec ses joueurs et ne maitrise pratiquement rien. Sa réussite va découler de l’harmonie qu’il saura trouver entre tous ces paramètres non maitrisés. L’autre facteur à ne pas négliger, et qui différencie encore les deux métiers, c’est le rythme des compétitions. Le sélectionneur travaille sur des tournois, avec des fréquences de match qui ne ressemblent en rien à l’habitude que peuvent avoir les entraîneurs de clubs.

D’où votre choix porté vers Didier Dinart, sans passé d’entraîneur de club, mais avec une forte expertise de l’équipe de France de handball…

Claude Onesta : En effet, plutôt que donner ce poste à des entraîneurs confirmés, j’ai pensé qu’il valait mieux le donner à des personnes qui avaient évidemment une démarche d’entraîneur et des diplômes d’entraîneurs – attention, Didier Dinart et Guillaume Gille ne tombent pas de la dernière pluie et si on n’avait pas senti chez eux des aptitudes, on n’aurait pas prolongé l’expérience ! – mais qui avaient, en plus, une connaissance parfaite des spécificités liées à une sélection nationale et pouvaient répondre à certaines problématiques : qu’est-ce qu’une préparation de 10 jours avant une Coupe du Monde ? Qu’est-ce qu’un tournoi avec des matchs tous les deux jours ?, etc… Maintenant, si vous me demandez si j’ai la garantie que cela va réussir, je vous dirai non. Mais quel que soit le projet porté, personne ne l’a. Et si le projet échoue, si je me suis trompé dans les gens mis en place, je l’assumerai car ce sera mon erreur.

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