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Handball

Partie 3 : Savoir s’effacer dans l’Équipe de France de handball

Claude Onesta
Coach de handball
Claude Onesta – “Partie 3 : Savoir s’effacer dans l’Équipe de France de handball”
Il reconnaît qu’on "ne (le) bouge pas facilement". Il sait aussi qu’on le voit naturellement. Parce que Claude Onesta, c’est un physique, une voix, un charisme, un palmarès, et tout en XXL ! Difficile, dans ces conditions, d’exister à ses côtés. Le manager des Bleus a d’abord dû l’entendre, avant de s’adapter et d’essayer de se faire oublier. Un vrai challenge.

On imagine qu’une passation ne se fait pas sans difficultés, surtout après autant d’années de pouvoir…

Claude Onesta : Forcément, lorsque vous avez eu la main sur tout, ce n’est pas toujours évident d’accepter de transmettre et donc, d’accepter que l’autre puisse prendre des initiatives et, justement, devenir de plus en plus le maître d’œuvre. Parce que vous, vous avez quand même votre vision des choses, votre connaissance, et vous avez envie de prévenir d’une erreur éventuelle… Seulement, est-ce que c’est fondé de crier « stop » ou ne vaut-il pas mieux accompagner cette différence ? Alors bien sûr, parfois, la discussion apporte de la richesse : un endroit où il n’y a pas de chocs, où tout est lisse, est un endroit où on ne gagne pas. Par moments, on s’est donc retrouvé à faire évoluer le système de manière qualitative. Mais à d’autres, on s’est presque senti en blocage. Je me disais « mais là, il faut que j’intervienne…. Seulement si j’interviens, je déstabilise cet équilibre »; tout compte fait, je n’intervenais pas.

On a l’impression que ce fut votre plus grand défi dans cette période de transmission, non ?

Claude Onesta : En fait, j’ai vraiment découvert là la difficulté qu’il y a dans la logique même d’une transmission. La transmission signifie qu’il y a un maître et un élève, et que le maître va continuer à nourrir de manière désintéressée l’élève. Sauf que nous ne sommes pas dans des métiers d’élèves ! Celui qui prend une forme d’autorité sur l’Équipe de France de handball, qui va donc devoir diriger son jeu, discuter avec les joueurs des évolutions nécessaires, verra inévitablement sa légitimité en difficulté s’il est considéré comme un élève.

L’affaire peut créer des tensions dans l’État-major ?

Claude Onesta : Il y a eu effectivement des moments où moi, j’avais la volonté de « donner », mais où Didier (Dinart) se devait aussi de résister histoire d’assumer, d’une certaine façon, le statut qu’était le sien. Et au fond de moi, je le comprenais tout à fait, je comprenais qu’il avait l’obligation d’afficher une forme de maturité, de présence… Je lui disais « fais attention », il me répondait « je sais ». L’échange aurait certainement pu être profitable en terme de contenu, mais il était préjudiciable en terme de posture. À partir du moment où je sens les joueurs désireux de poursuivre le travail avec Didier Dinart et son adjoint, il faut que le « maître » s’efface un peu plus pour justement permettre à ceux qui ont l’autorité sur le terrain d’avoir une liberté d’action qui soit véritable.

Mais si vous n’êtes pas d’accord sur la voie choisie ?

Claude Onesta : Sauf, naturellement, à considérer que cette décision peut mettre en péril le groupe, il vaut mieux, oui, que je les laisse mettre leur idée en œuvre, assumer, quitte à se tromper. Vous savez, à vouloir toujours empêcher l’erreur de l’autre, on l’empêche de grandir, de se réaliser et, peut-être, de réaliser des choses propices à de nouvelles améliorations.

On a le sentiment que le mode d’emploi de ce « savoir s’effacer » a presque été une surprise…

Claude Onesta : Au départ, je n’ai peut-être pas bien évalué la contrainte. Cela me paraissait assez simple de me dire « Bon, je vais prendre progressivement du recul, les faire bénéficier de tout ce que je sais, de tout ce que j’ai appris ; et avec ce qu’ils savent déjà, l’affaire devrait fonctionner ». En fait, je me suis rendu compte qu’au-delà des connaissances pures, du savoir et du savoir-faire, il y aussi la posture des individus, leur ego, et cela demande plus de vigilance que je ne l’imaginais.

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