Handball

Partie 4 : L’enjeu ? Au-delà de l’Équipe de France de handball

Claude Onesta
Coach de handball
Claude Onesta – “Partie 4 : L’enjeu ? Au-delà de l’Équipe de France de handball”
Toute l’attention portée par le coach Claude Onesta dans sa propre succession s’entend à la lecture de cette dernière partie de notre entretien. Il nous disait ne pas être "le roi de l’Équipe de France" et le martèle encore ici. Avec d’autres mots mais la même conviction. Toujours avec le plus grand sérieux. Et pour cause ; cette sélection tient, à ses yeux, tout le handball français dans ses mains.

Dans votre système à deux têtes, avec Didier Dinart et Guillaume Gille comme entraîneurs et vous comme manager, on n’a pas évoqué ce risque de double discours vis-à-vis du groupe…

Claude Onesta : Aucune ambigüité là-dessus ! Si je vois qu’une évolution me paraît dangereuse, je n’hésite pas à en parler à l’entraîneur. Parfois, on n’est d’ailleurs pas du même avis et, en soi, ce n’est pas très grave. Maintenant, il y a ce que vous pouvez faire et dire dans un cercle fermé, et il y a ce que vous vous autorisez devant les joueurs. Chaque fois qu’on s’adresse aux joueurs, on doit le faire de manière unie.

Mais au vu de votre passé, votre palmarès et donc votre expertise, certains d’entre eux peuvent parfois être tentés de venir entendre auprès de vous un autre discours ?

Claude Onesta : Et bien, je vais tourner ça en auto-dérision, par exemple « Oh tu sais, moi, je suis de l’ancien temps, je ne comprends plus rien ». C’est un jeu… Et puis, c’est la base du fonctionnement d’un groupe : si à chaque fois qu’un joueur essaie de prendre une faille, celle-ci s’ouvre, vous n’êtes plus un staff mais une équipe de piètres compétiteurs. Et puis, vous êtes un traître.

 Ce modèle mis en place vous permet, en tout cas, de rester à un poste clé de cette Équipe de France de handball… Était-ce, au-delà du risque de rupture déjà évoqué, un de vos objectifs également?

Claude Onesta : Je ne suis pas préoccupé par ma personne. Je le dis depuis le début : j’aurais très bien pu partir, et simplement partir. On ne vit pas non plus – sauf quand on ne bouge plus (sic) – dans la mémoire de ce qu’on a déjà fait. Mes titres, je m’en fous, ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est que l’Équipe de France de handball continue de gagner des titres. Et donc ma préoccupation, c’est de trouver le chemin qui lui permettra d’être dans les meilleures dispositions pour gagner ; qu’à chaque fois que le projet avance, on soit capable de prendre en mesure les dangers, les obstacles, pour les traiter. L’Équipe de France n’appartient pas à son entraîneur. C’est l’essence même de cette fonction.

Que voulez-vous dire précisément ?

Claude Onesta : L’Équipe de France est quelque chose que l’on vous a confié, que vous devez faire fructifier et que vous rendez, à un moment ou à un autre, avec l’espoir d’avoir mis en œuvre ce qui lui permettra de continuer. Cette équipe, elle est bien plus importante que vous et on ne peut pas la laisser devenir la chose de quelqu’un qui en ferait ce qu’il en voudrait ! Mon espoir et ma responsabilité donc, c’est que l’on mette mes successeurs dans les meilleures conditions pour réussir. Pour l’Équipe de France, et par ricochet pour l’ensemble du secteur, car cette Équipe de France est devenue un vecteur de développement, de recettes qui vont bénéficier à l’ensemble de la discipline. Les moyens de la Fédération proviennent pour un tiers des licenciés, pour un tiers des partenaires, pour un tiers de l’État, tous intimement liés à l’Équipe de France de handball. On doit donc être vigilant.

Et quel est votre rôle à ce niveau ?

Claude Onesta : Ne pas accepter que le fonctionnement de l’Équipe de France soit centré sur la préoccupation d’un match. Moi, je m’intéresse à l’après-demain, à dans six mois. On a un message à envoyer, une forme d’exemplarité à avoir. Regardez le foot ! Bien sûr qu’on est content de voir les Bleus gagner des matchs aujourd’hui mais avant tout, on est content de l’image qu’ils renvoient et qu’ils ont, jusqu’à preuve du contraire, nettement améliorée. Qu’est-ce qui avait dégradé l’ensemble de notre football ces dix dernières années ? C’étaient des attitudes hors du terrain (cf. la grève de Knysna lors du Mondial 2010). Je veux pouvoir intervenir pour que cette Équipe de France continue d’être celle dont la fédé et le hand français ont besoin. D’ailleurs, il faut que je prenne très vite la pleine mesure de mon nouveau rôle. Quand je dis qu’il faut gérer la proximité avec les clubs, il faut que j’aille les voir. Quand je dis qu’il faut gérer la proximité avec les partenaires pour les questions de marketing, il faut que j’aille les voir. Je dois être capable de bousculer un système qui, parfois, ronronne un peu trop.

Le Championnat du Monde de handball 2017 organisé en France va être un énorme test…

Claude Onesta : Tout le monde dit « c’est merveilleux, c’est extraordinaire ». Mais pour nous, cela va être une contrainte au quotidien et une pression effroyable. Quand nous jouions au Qatar, il n’y avait pas de supporters, pas beaucoup non plus de partenaires et de journalistes – en tout cas, jusqu’en demi-finale. Avec ce Championnat du Monde de handball en France, où que l’on soit, public, médias, partenaires, tout le monde va vouloir profiter de ce moment-là. Si nous ne sommes pas vigilants, vous vous retrouvez aux entraînements avec des caméras partout… Cela peut être un désastre et partir en déconfiture !

On en conclut que ce tournoi a pesé lourdement dans cette décision de passer la main ?

Claude Onesta : Oui, parce que j’ai pensé que mon utilité pouvait être beaucoup plus conséquente autour de notre équipe. Il y a des réalités qui nous entourent et qu’il faut savoir traiter en amont. Je sais que face à la pression des médias, des partenaires, il va falloir être très solide mais vu mon image, mon statut, on me bouscule difficilement (sourires). Il faut vraiment que je joue ce rôle d’obstacle par moments, de « facilitateur » à d’autres, pour que notre équipe s’entraîne dans de bonnes conditions. Mais ça se prépare en amont : au lieu de vivre l’obstacle comme une contrainte, on peut le vivre comme une opportunité en l’anticipant. Ce rendez-vous sera un bon révélateur.

Quel est le charme de cette nouvelle aventure ?

Claude Onesta : Tout ce qui est complexe est passionnant. Et penser qu’il y a des solutions simples dans le sport, c’est une illusion totale. Qui aurait pu imaginer qu’on puisse construire un système aussi opérationnel avec cette équipe de France de handball ? Qui peut aujourd’hui assurer que ce système va perdurer ? Un système où l’on gagne pratiquement toutes les compétitions internationales pendant autant d’années est totalement irrationnel en soi, totalement exceptionnel, dans le monde du sport comme ailleurs.

Et si, pour reprendre votre métaphore, les élèves Dinart-Gille brillent ?

Mais j’espère très vite que je n’aurais plus besoin d’être là, que les « élèves » auront pris leur envol et seront en mesure de réaliser les choses par eux-mêmes. Moi, je pourrai alors revenir chez moi, tranquillement, m’occuper de mes autres passions – faire des repas entre amis, aller à la pêche ; des choses futiles mais essentielles – et m’occuper aussi des miens ! Oui, j’ai passé beaucoup de temps à m’occuper des enfants des autres ; ce serait bien que je m’occupe des miens…

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