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Patinage

Patinage : Annick Dumont – Comment gérer le stress du sportif

Annick Dumont
Coach de patinage
Annick Dumont – “Patinage : Annick Dumont – Comment gérer le stress du sportif”
Le doute créé la peur qui, elle, génère un stress… Le coach doit faire en sorte que son athlète se sente indestructible.

Comprendre qui est l’athlète

Défi permanent à l’équilibre, recherche constante du « beau », cadeau, aussi, à la moquerie du premier novice lorsque l’athlète se retrouve fesses sur la glace… Le patinage artistique est une discipline impitoyable. Alors quand Annick Dumont prend en charge un athlète, la collaboration ne commence jamais patins aux pieds. Mais crayon à la main ! « Je leur demande leur histoire de vie, les cinq ou six moments, positifs ou négatifs, qui ont marqué jusqu’ici leur existence », confirme-t-elle. L’exercice, très intime, exige évidemment une confiance forte entre les deux parties. Il s’avère, selon la technicienne, capital en tout cas pour l’évolution du sportif. « Connaître ses zones d’ombres, cela aide à comprendre ses doutes et, par conséquent, à mieux cerner ses peurs. » Peurs de l’inconnu, du changement, du temps, de l’égo, aussi, si présent dans le patinage (« est-ce que je plais ? »)… « Toutes ces peurs négatives sont génératrices de stress », résume Annick Dumont. Laquelle, avant d’entrer pleinement dans le vif du sujet et donc sur la glace avec son athlète, attend également de lui qu’il établisse son « plan d’action » : un projet, une stratégie qui doit permettre d’arriver là où il veut aller. « On en parle et on y réfléchit naturellement ensemble, explique Annick. Mais les idées, les envies doivent toujours venir du patineur. En mettant lui-même en place son chemin de réussite, il tient compte de sa personnalité et limite les risques de stress. » Stress « négatif », précise souvent l’ancienne athlète, laquelle combat l’expression « chasser le stress ». « Parce que le bon stress, l’adrénaline, on l’aime, on en a besoin ! Imaginez un boxeur sans cela : il deviendrait un doux agneau et n’irait sûrement pas au combat… »

Entretenir sa confiance

« S’il te plaît, Adrien, reprends le chemin de ta pensée positive ! », « Géniale, Léna ! Raconte-moi comment tu t’es sentie »… Sur la glace, au milieu de ses jeunes champions, Annick Dumont donne de la voix. Mais sans coup de griffe. Cherche surtout à valoriser, soucieuse de limiter au maximum les phrases négatives. « Je ne veux construire que sur la réussite et je prône la culture de la gagne. Hélas, ce n’est pas très français, je le sais… », s’amuse l’intéressée. En séances vidéo, par exemple, elle débute toujours ses montages par du positif. « Les sauts ou transitions ratés, on les corrige en dernier ! » Sa préoccupation majeure, en salle comme dans la patinoire, intervenir en utilisant les propres mots de… ses athlètes ! « Si mon patineur dit se sentir comme un oiseau lorsqu’il réussit son double Axel, je lui dis de noter ce mot dans son cahier d’entraînement ; pour certains, je leur en fais carrément dessiner un, détaille Annick. Alors, parfois, ce sont des termes plus étonnants : « royal », « invincible »… Mais tant pis, ce sont leurs mots, ceux qu’ils comprennent et, pour leur bien-être, je m’approprie leur vocabulaire. » Que les coaches à la mémoire plus défaillante se rassurent, ce n’est pas là le seul « outil » (sic) d’Annick Dumont pour entretenir la sérénité de ses troupes. Dans la patinoire, une expression tourne en boucle et résonne pendant les entraînements : « l’instant présent ! ». « En étant appliqué à bien réaliser ce que l’on est en train de faire, on évite d’angoisser, assure la technicienne. Dans nos programmes par exemple, il y a toujours deux sauts à enchaîner en 3-4 secondes seulement, un exercice qui ramène beaucoup de points…et donc du stress. Seulement si vous pensez déjà au deuxième saut avant d’avoir attaqué le premier, vous n’allez pas aborder le premier dans de bonnes conditions et, très certainement, rater le deuxième. » Et si le souci demeure, si Annick devine son athlète fragilisé, en difficulté, alors elle s’isole avec lui sur la glace, réconforte… Toujours les patins aux pieds. « Oui, je m’y sens bien mais au-delà du caractère anecdotique, cela montre à mon patineur que je fais partie de son monde et, au final, cela facile l’échange… »

Valoriser sa personnalité

Souvent stressant le regard des autres, surtout lorsque ces « autres » vous jugent… Les patineurs pourraient, bien sûr, vous en parler des heures. Et leurs entraîneurs, aussi ! « Le jury, c’est une obsession chez nos athlètes or il faut, au contraire, s’en isoler », prévient Annick Dumont. Continuellement, il lui est d’ailleurs nécessaire de recadrer son patineur chez qui elle sent monter l’angoisse du concours. Avec ces mêmes questions à marteler : « pourquoi es-tu là ? », « quel est ton rêve ? »… Ce même cri d’alarme, surtout : « Si on se montre dépendant des juges, on n’arrive plus à penser par soi-même, à performer pour soi : le regard de l’autre devient une drogue, c’est le grand piège ! » Un piège qu’a su éviter Annick Dumont avec Florent Amodio lorsque celui-ci a remporté les championnats d’Europe en janvier 2011. « Il patinait sur la musique de Mickael Jackson, avec le gestuelle, le fameux déhanchement de la pop-star… et on nous assurerait que ça ne passerait pas. J’ai alors dit à Florent de n’écouter que lui. Il a tenu à présenter ce programme. Et il a merveilleusement bien patiné… » La dépendance, une menace également dans la relation entraîneur-entraîné. Celle qui a aussi dirigé Brian Joubert l’a encore mieux réalisé après une formation de coaching et d’accompagnement, à l’INSEP, il y a deux saisons. « J’ai compris que j’étais trop dictatrice, avec un sens trop aiguisé de la perfection. Dans ces cas-là, au lieu de prendre confiance en lui, l’athlète a tendance à surtout vouloir satisfaire son entraîneur. C’est périlleux : le coach ne doit pas devenir le talon d’Achille de celui qui l’entraîne… » Annick Dumont n’impose d’ailleurs plus ses choix musicaux pour les chorégraphies. Désormais, elle en parle avec son patineur, simplement, conseille, écoute son ressenti. Avec ce seul mot d’ordre, chasseur de parasites selon elle : « Tu es le moteur de ton projet ! »

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