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Ski de fond

Le rôle du guide dans le ski nordique handisport

Devenu aveugle à 20 ans, Thomas Clarion a voulu continuer de vivre sa passion pour le ski nordique. Avec son guide et son entraîneur en Équipe de France, il a remporté le bronze aux Jeux Paralympiques de Sochi. Découverte d'un trio atypique et attachant.

Un son étrange vient interrompre le silence de la vallée. « Hop, hop. » C’est la voix d’Antoine Bollet. L’ancien fondeur de haut niveau apprend son nouveau métier : guide d’aveugle. Depuis un an, c’est lui qui a la lourde tâche de guider Thomas Clarion, médaillé paralympique en ski de fond à Sochi en 2014. En ce lundi de janvier sur les pistes enfin enneigées de Bessans, Thomas suit sa trace. Et en évitant les pièges d’une piste sinueuse. « Il faut que je retransmette ce que je vois, explique le jeune guide. Surtout ce qui n’apparaît pas méchant pour moi mais qui peut gêner Thomas. » Antoine Bollet a appris au fil des entraînements à préciser ses explications : cadence, direction mais aussi petites bosses et compressions. « Le but du guidage, c’est qu’il ne me laisse jamais sans information, redoute Clarion. Sinon, c’est comme si on vous bandait les yeux sur l’autoroute ! » Le Haut-Savoyard sait de quoi il parle, lui qui a déjà raté un pont pour finir dans une rivière.

Un investissement total pour le guide

L’anecdote fait rire toute l’équipe. Les athlètes handisport se moquent avec facilité de leur handicap. Sans doute une nécessité pour relâcher la pression. Car le métier de guide demande une implication mentale rare et un don de soi inimaginable. Presque le devoir de s’abandonner pour l’autre. « La course est intense, il y a un effort physique mais surtout un effort mental qui est énorme, précise le coach Benoît Gilly. Et c’est valable pour les guides aussi. Il y a un facteur plus nerveux. S’ils n’ont pas une période de relâche pour aller se faire plaisir, on ne va pas au clash mais ce sont des binômes qui ne vont pas loin. » D’autant que pour guider un athlète aveugle, il faut désormais un excellent niveau de ski, qui permette de parler pendant les courses, sans baisser l’allure. Au printemps dernier, quand Thomas a dû chercher un nouveau guide, le choix n’était pas large ! Antoine a accepté de mettre de côté sa carrière de haut niveau pour embrasser ce métier. Mais souvent, l’envie de skier pour soi refait surface : « C’est souvent que je le vois (sic) aller se faire un petit sprint quand je me prépare avant l’entraînement, en sourit Thomas Clarion. Le guide il faut qu’il vive sa vie ! Et c’est important que d’autres prennent le relais parce que c’est lourd. » Le guide de substitution, c’est le coach de l’Équipe de France, Benoît Gilly. Car Thomas Clarion a besoin d’une assistance constante. À l’entraînement bien sûr, mais également en rentrant à l’hôtel, pour se diriger, pour se servir. « Le guide a un investissement qui est total, confirme le coach. C’est quasiment tous les jours de l’année. Des fois, je lui dis : va faire ton tour pour toi, je prends le relais. »

Des athlètes de haut niveau

Un relais qui permet à Benoît Gilly de mieux comprendre les subtilités du handisport. En arrivant dans le groupe, il a notamment dû revoir certaines de ses méthodes d’entraînement, souvent à base de démonstration avec les valides, exercice inutile avec des athlètes non-voyants, et prendre en compte, en plus du physique, l’investissement mental extrêmement important de ses athlètes dans l’organisation logistique, comme lors des éprouvants déplacements à l’étranger. Mais l’adaptation s’est faite rapidement et sans avoir peur de bousculer ses athlètes. « Je suis arrivé avec plein de doutes mais au bout de 5 jours, j’ai compris que c’étaient des sportifs. On s’adapte aux quelques subtilités mais il ne faut pas les protéger derrière leur handicap sinon on retomberait dans du sport loisir. Il faut que ce soient des compétiteurs. Et les mettre en difficulté dans des situations cocasses, ça leur fait passer un cap. »

« Au lieu de nous protéger, il va nous bousculer, confirme Thomas Clarion. Par exemple sur une sortie kayak, il ne va pas hésiter à nous retourner. Donc quand quelqu’un est capable de blaguer avec le handicap, c’est qu’il a tout compris ! » Respecter, sans tomber dans l’excès. Servir l’autre, sans oublier de vivre. L’équation n’est pas toujours simple à résoudre. Thomas Clarion la résume finalement par une belle formule : « C’est un peu comme une vie de couple, il faut que l’on regarde dans la même direction, qu’on ait les mêmes objectifs. » Une alchimie délicate pour ce sport individuel pratiqué à deux.

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