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Jeux Olympiques

#9 : Corinne Niogret, Véronique Claudel, Anne Briand : à jamais les premières

14/04/2020
En 1992, l’Équipe de France féminine a remporté le premier titre olympique du biathlon français.

Le temps des pionnières

C’était une époque où le biathlon était complètement inconnu des Français. Il s’agissait alors d’une discipline limitée à quelques personnes et quelques régions comme le Jura. Les rares licenciés étaient quasiment tous en Équipe de France. Le temps des pionniers. Des pionnières en l’occurrence… Une victoire fondatrice va faire connaître ce beau sport désormais si populaire en France. Martin Fourcade n’a alors pas quatre ans.

En ce mois de février 1992, la Savoie est le cœur du monde. La France accueille les Jeux Olympiques d’hiver, vingt-quatre ans après avoir organisé les Jeux Olympiques à Grenoble, théâtre du formidable exploit de Jean-Claude Killy qui est justement le co- organisateur de ces Jeux d’Albertville. La cérémonie d’ouverture a été un immense succès sous la direction du chorégraphe Philippe Decouflé. Mais des Jeux Olympiques réussis, ce sont aussi des Jeux où le pays organisateur remporte des titres olympiques. Et c’est pourquoi ces Jeux-là vont rester dans l’Histoire du sport français.

On ne les attendait pas vraiment. Pour ces Jeux Olympiques d’Albertville, les médias portaient davantage leur attention sur les skieurs Franck Piccard et Edgar Grospiron ou sur la patineuse Surya Bonaly… Et puis Véronique Claudel, Anne Briand et Corinne Niogret ont surgi dans le paysage de la station des Saisies et du sport français. Trois jeunes filles qui vont remporter une fantastique victoire pleine de fraîcheur et de maîtrise réunie dans le relais 3×7,5 km du biathlon féminin. 

Corinne Niogret a tout juste vingt ans. C’est elle qui est chargée de donner le tempo. Encore junior, elle supporte parfaitement la pression et assume magistralement son rôle en réalisant un premier relais exceptionnel qui relègue la Bulgarie à 4″2 et la Communauté des États indépendants (CEI, l’URSS a disparu) à 27″2. Les Français vont découvrir la géniale dramaturgie de cette discipline. C’est ensuite à Véronique Claudel de s’élancer. Elle a le relais le plus compliqué. Elle a face à elle la Russe Anfisa Restzova, déjà championne olympique de ski de fond en relais avec l’URSS et qui, quelques jours plus tôt, a remporté le titre en sprint devant l’Allemande Antje Misersky qui a elle-même remporté l’épreuve individuelle et qui est 2e relayeuse pour l’équipe d’Allemagne. Véronique Claudel, elle, n’a pris que la 24e place du sprint. Mais Francis Mougel, le coach, lui a fait confiance pour le relais. Francis Mougel est un ancien de l’Équipe de France masculine. À la fin de sa carrière, la Fédération lui avait proposé de descendre en équipe B ou bien de s’occuper de l’Équipe de France féminine. « La grande dodotte », comme on l’appelle, a fait le bon choix. Celui d’entraîner les filles et de sélectionner Véronique Claudel malgré son mauvais résultat en individuel.

Le coach « Dodotte » a fait le bon choix 

La Vosgienne va faire une course d’une grande intelligence tactique. Elle laisse d’abord Anfisa Restzova revenir progressivement sur elle. La Russe doit fournir pour cela un gros effort qu’elle va payer au tir avec un tour de pénalité. Mais c’est alors l’Allemande Antje Misersky qui revient sur Véronique Claudel. Les deux jeunes femmes se retrouvent côté à côte au tir debout. Véronique Claudel a le poids de toute la France sur les épaules mais elle ne craque pas, contrairement à l’Allemande qui pioche. Véronique Claudel repart en tête, mais bientôt la Soviétique Anfisa Restzova, très forte sur les skis, revient sur elle et la dépasse. Tout comme Antje Misersky. Mais l’important c’est que Véronique Claudel ait transmis le relais en bonne position. C’est-à-dire à la 3e place avec seulement 30’’ de retard sur la CEI et 23’’ sur l’Allemagne.

Revient à Anne Briand la mission de terminer la course. Elle est diplômée de l’école vétérinaire de Lyon et, après ces Jeux Olympiques, va poursuivre une thèse dont le sujet est la réintroduction du bouquetin des Alpes dans le Parc des Écrins. Une tête bien faite et des jambes de feu. Elle revient sur le devant de la course. La lutte est au couteau, la France s’arrête de respirer. Anne Briand parvient en premier sur l’ultime pas de tir, là où va se jouer le titre olympique. Elle respire un grand coup. Arme sa carabine 22 long rifle. L’Allemande Petra Schaaf vient d’arriver elle aussi et se met en position. Elles sont côte à côte. Entendent chacune le souffle de l’autre. Anne Briand tire la première et atteint deux fois de suite la cible. Mais manque sa 3e balle. Puis réussit les deux cibles suivantes. Il lui reste alors une cible à toucher et elle dispose de trois balles… À ses côtés, Petra Schaaf, toute championne du monde qu’elle est, sent le poids du monde s’affaler sur ses épaules. Elle pioche deux fois. Anne Briand lâche sa dernière balle dans la cible. Le public exulte. Elle remet aussitôt sa carabine sur son dos et s’élance sur la piste. Il reste 2,5 km. 2500m pour entrer dans la légende. Au bord de la piste, David Moretti, le directeur des Équipes de France, lui crie de rester focus sur le ski, de ne penser qu’à ça. Ne pas se mettre à rêver, imaginer la victoire qui se dessine, juste skier, vaille que vaille… Anne Briand n’entend plus les vivats de la foule, Anne Briand ne veut pas réduire à néant les formidables prestations de ses deux coéquipières, Anne Briand donne toute son âme sur la piste. Le petit Martin Fourcade, dans son petit village des Pyrénées de La Llagonne, voit-il ces images de la jeune femme filer vers la victoire ? Le premier titre olympique du biathlon français. Corinne, Véronique, Anne, à jamais les premières.

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