Santé

Attention à la dépendance au sport !

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Bien entendu le sport est excellent pour la santé. Mais comme pour toute activité, l’excès est nuisible. Or, on constate depuis quelques années des comportements de dépendance à l’activité sportive. Explications.

Qu’est-ce la bigorexie ?

La bigorexie est une pathologie désormais reconnue par l’Organisation Mondiale de la Santé qui est l’addiction au sport. Les professionnels de santé ont en effet constaté depuis plusieurs années des cas de personnes qui éprouvent le besoin irrépressible de faire du sport. On parle alors d’addiction car cette pratique se produit en dépit de conséquences néfastes sur la vie sociale, et même d’un point de vue physiologique. C’est une addiction sans substance comme cela existe pour les jeux vidéos.

D’où cela provient-il ?

Lorsque l’on fait du sport, notre cerveau sécrète des endorphines, de la noradrénaline, de la sérotonine, de la dopamine… des substances qui ont un effet similaire à la morphine ou à l’héroïne et qui génèrent des sensations d’euphorie, de bien-être, que tous les sportifs connaissent. Le problème, c’est que plus on s’entraîne, plus l’on repousse le moment de la sécrétion de ces endorphines. Et cela peut constituer un engrenage mortifère.

Comment se manifeste cette dépendance ?

D’abord, il y a une augmentation des séances d’entraînement, qui souvent n’ont plus rien à voir avec ce qu’elles étaient par le passé. L’activité sportive devient mécanique, répétée, compulsive. Mais ce n’est pas le seul signe, car sinon tous les sportifs de haut niveau seraient dépendants. Il faut constater des symptômes de manque qui se manifestent par de l’angoisse, de la mélancolie, lorsque, par exemple, on est blessé et l’on se retrouve donc privé de sport. On peut perdre l’appétit, voire le sommeil. Souvent ces personnes, lorsqu’elles peuvent à nouveau reprendre l’exercice, le font de manière compulsive pour combler cette frustration accumulée. Il y a par ailleurs le discours que ces sportifs ont sur eux-mêmes. Ils cherchent partout et tout le temps l’amélioration de la performance et donc ils estiment, en général, n’en faire jamais assez. Se pose également la question du poids : ils commencent alors des régimes alimentaires, et ne parviennent jamais selon eux à s’organiser comme ils le souhaiteraient. Dès lors, c’est l’extérieur qui devient l’obstacle à leur volonté de s’entraîner.

Quelles en sont les conséquences ?

Elles sont de deux ordres. Premièrement sur l’individu. Cette addiction provoque un trouble du comportement, le sujet est psychologiquement épuisé, devient acariâtre, exécrable avec l’entourage, jusqu’à la dépression. Deuxièmement, physiquement, le corps est aussi malmené, poussé dans ses extrêmes. Cela amène presque toujours du surentraînement et dès lors à des blessures comme des fractures de fatigue. Ou bien des tendinites par exemple pour les joueurs de tennis. Ensuite, cette addiction pousse les individus à se détacher de leur environnement social et familial. D’abord on s’éloigne de ses amis, qui sont vécus comme un frein à la performance. Finis les dîners entre amis car le matin on doit se lever tôt pour courir. Cela peut aller jusqu’à des problèmes au sein de la cellule familiale. On reproche aux autres de ne pas nous comprendre, de ne pas être sportif…

Quel est le rapport avec le dopage ?

On constate à travers les témoignages de dopés repentis ou les rapports du centre Allô Dopage que c’est ce profil d’individu qui se tourne vers le dopage. Car il est en recherche permanente d’amélioration et dès lors qu’il a tout exploré, le matériel, les quantités d’entraînement, alors il se tourne vers des substances susceptibles de le mener plus loin encore. D’ailleurs, les centres de traitement de drogués sont souvent confrontés aussi à d’anciens sportifs, qui ont suivi cet enchaînement, addiction au sport, dopage, drogue…

Quels sports sont concernés ?

Il s’agit principalement de tous les sports qui ont un rapport à des efforts intenses, comme la musculation, le vélo ou la course à pied. Cette dernière activité, par son caractère de masse, est particulièrement touchée par le problème. Les coureurs connaissent bien ce moment de sécrétion d’endorphine. Les Américains, chez qui le jogging est né en tant que phénomène de société, ont une expression pour qualifier ce moment, le runner high. Or, plus on court, plus on repousse le moment du runner high, de sorte qu’il faut toujours courir plus… C’est l’engrenage addictif. Aux États-Unis on parle de runaholics et on estime que plus de 10 % des sportifs qui ont une activité régulière souffre de cette pathologie.

Comment détecter la dépendance ?

Lorsque l’activité sportive, alors que l’on n’est pas sportif de haut niveau, commence presque quotidiennement à bousculer l’agenda professionnel, l’organisation sociale et familiale, il convient de s’interroger. Quand la personne accumule les blessures et que bien souvent elle reprend l’activité encore blessée, quand le sujet présente des signes de trouble du comportement, il faut consulter. Il existe du reste des tests comme celui présenté sur le blog du psychiatre addictologue, vice-président de SOS Addictions, Laurent Karila et issu du livre Running Addiction Scale, Chapman et Castro, 1990. (Adaptation Karila, ACCRO ! Eds Marabout poche, 2015)

Comment la soigne-t-on ?

D’abord, ce n’est pas simple de le faire admettre à la personne. Car il est communément admis qu’il est bon de faire du sport et c’est vrai. Donc la personne ne se voit pas comme malade et il faut alors des praticiens pour lui faire prendre conscience qu’elle est en souffrance, et poser un diagnostic. Ce sont les mêmes structures qui traitent toutes les addictions et qui sont désormais sensibilisées pour soigner ce genre de pathologie. Du reste, les centres d’écoute de drogués ou d’alcooliques ont souvent affaire à d’anciens sportifs qui compensent l’abandon du sport par une autre addiction. D’ailleurs, les risques de rechute des accros au sport sont importantes, comme ceux des drogués.

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• Je n’annule pas mes activités avec les amis pour courir (- 1)
• J’ai arrêté de courir pendant au moins une semaine pour des raisons autres que des blessures (- 1)
• Je cours même quand j’ai très mal (+ 1)
• Je n’ai jamais dépensé d’argent pour courir, pour acheter des livres sur la course, pour m’équiper (- 1)
• Si je trouvais une autre façon de rester en forme physique, je ne courrais pas (- 1)
• Après une course, je me sens mieux (+ 1)
• Je continuerais de courir même si j’étais blessé (+ 1)
• Certains jours, même si je n’ai pas le temps, je vais courir (+ 1)
• J’ai besoin de courir au moins une fois par jour (+ 1)

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