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Santé

L’escrime pour se reconstruire après un cancer

L’association Solution Riposte propose aux personnes atteintes d’un cancer du sein des séances d’escrime afin de les aider à se reconstruire. L’engouement est encourageant et les retours très positifs.

L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a établi que l’activité physique est l’un des facteurs limitants des récidives dans les cancers du sein et du côlon. Le docteur Dominique Hornus, qui pratique l’escrime depuis son enfance, s’est demandé si son sport préféré ne pourrait pas venir en aide aux personnes atteintes d’un cancer, et particulièrement le cancer du sein. Le docteur Hornus est anesthésiste et elle a été confrontée à des patientes atteintes de ce type de cancer. L’idée lui est venue que l’escrime présentait beaucoup d’atouts pour leur venir en aide.. C’est ainsi qu’elle a fondé après une période d’étude et de réflexion avec des confrères – maîtres d’armes, kiné… – l’association Solution Riposte qui propose des leçons d’escrime adaptées pour aider ces femmes à se reconstruire. « Tous les sports sont bons lorsqu’on est atteinte d’un cancer », explique-t-elle, « mais il m’a semblé que l’escrime avait des atouts notamment pour le cancer du sein que les autres sports n’avaient pas. D’abord, à l’escrime, nous sommes habillés de pied en cape. Les femmes qui ont eu une ablation apprécient d’être ainsi dans une tenue qui dissimule leur corps. Ensuite, on travaille particulièrement les gestes réflexes. Quand on vous met une gifle, vous avez le réflexe de bloquer la main qui la donne. À l’escrime c’est pareil, et notamment au sabre, l’arme que nous avons choisie pour ce programme. Car c’est une arme de pointe et d’estoc, c’est-à-dire avec laquelle on touche soit avec la pointe soit avec le tranchant. On peut toucher sur le haut du corps et sur la tête, ce qui va amener l’escrimeur à lever le bras avec le plus d’amplitude. Comme pour la gifle, le geste de la parade est un geste réflexe qui va ainsi permettre à la personne de mobiliser son bras, ce que, d’ordinaire, consciemment, elle ne fait pas. Cela permet ainsi de débloquer le geste et ensuite de retrouver de l’amplitude à l’épaule concernée. Enfin, plusieurs patientes m’ont fait part de la colère qu’elles avaient en elles et que quelquefois elles faisaient rejaillir sur leurs familles. L’escrime permet de faire passer sa rage de manière positive. »

Depuis que l’association a vu le jour en 2014, mille personnes ont suivi le programme de Solution Riposte. Les premiers maîtres d’armes ont été formés en 2012. Aujourd’hui, ils sont 240 maîtres d’armes à proposer ce programme dans 80 salles d’armes sur l’ensemble du territoire national. Désormais Solution Riposte est aussi proposée en Italie, en Suisse, au Canada et en Belgique.

Cécile, 47 ans, a suivi le programme Solution Riposte

« J’ai découvert ce projet par hasard dans la salle d’attente du service de cancérologie. J’ai regardé longtemps l’affiche avant de me décider. L’escrime, ça m’a toujours plu. Et puis un jour j’ai téléphoné et je me suis rendue à la salle d’arme du club de Brest à raison d’une fois par semaine. J’ai trouvé ça très intéressant de pouvoir travailler physiquement, de me remettre un peu en forme, de faire de l’exercice mais aussi et surtout de faire travailler ma tête. Ça a été très important car j’étais au ralenti intellectuellement. J’avais beaucoup de mal à me souvenir de la consigne que donnait le maître d’armes. Cela m’a obligé à retrouver de la concentration. L’escrime permet de travailler le côté où l’on a la cicatrice liée au cancer du sein. On nous a enlevé des ganglions et on a perdu de la puissance dans le bras. L’escrime nous permet ainsi de retrouver de la force dans ce bras, mais aussi de la confiance pour réaliser certains gestes. Avec cette maladie, on est dans un parcours long et compliqué, et avec une insécurité psychologique. Aussi, au départ, je n’avais pas envie de me rendre dans un cours où il n’y avait que des malades. Et puis finalement, j’ai trouvé ça très réconfortant. On parle plus ou moins de la maladie, tout dépend des séances. On n’y va pas pour pleurer mais plutôt pour partager nos expériences, se rassurer et reprendre confiance en notre corps. Et puis il y a un aspect ludique dans les séances d’escrime que j’aime beaucoup. Nous sommes contentes de progresser, de réussir des attaques… Avec l’escrime, on ne s’inscrit pas dans un combat, on ne va pas faire de l’escrime pour prendre une revanche contre la maladie… Non, on fait autre chose que d’aller à l’hôpital, on avance… Aujourd’hui, je vais mieux physiquement, j’en ai fini avec les traitements et comme j’ai pris goût à l’escrime je vais également à un cours « normal ». Mais je continue chaque jeudi à suivre le cours pour les personnes atteintes de cancer… ».

Maudez Robinet est maître d’armes à la salle du club La Rapière à Brest.

Il propose depuis quatre ans une séance aux personnes atteintes d’un cancer du sein une fois par semaine.
« J’ai été formé en tant que maître d’armes par l’association Solution Riposte il y a quatre ans. Il y avait une forte demande de la ville pour développer le sport santé. Notre comité directeur du club de La Rapière a décidé de suivre le programme Solution Riposte. Nous proposons un cours d’une heure une fois par semaine pour les personnes atteintes d’un cancer. Au début c’était des cancers du sein, mais aujourd’hui nous avons des personnes atteintes d’autres formes de cancer. La séance commence par une partie spécifique de remise en forme, de reprise de confiance en soi, et ensuite on fait de l’escrime. Nous avons eu depuis le début du programme une cinquantaine de personnes… Et certaines, une fois guéries, continuent l’escrime. On travaille surtout des gestes amples afin de retrouver l’amplitude de l’articulation. Les personnes qui ont eu une ablation partielle ou totale ont souvent un blocage psychologique pour réaliser certains gestes. Avec l’escrime, les cours de sabre permettent de dépasser ces blocages. Et de retrouver ainsi les gestes de la vie quotidienne. Enfin, faire de l’activité physique permet aussi d’aider à l’évacuation des produits de la chimio ou des traitements. »

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